[ Je ne compte rien écrire ici de nouveau avant le 20, mais voici un fond de tiroir pour le moment. ]
Mur de plâtre
Y vois-tu le reflet de ta carrure
Dans la pleine frontière
Entre le foyer de tes cendres
Et leur chaleur encore luminescente
Prend ton cœur, combustible
Cautérise ta morale; tes principes; tes présupposés
Marche sur la braise
Sois ton messie; ta brebis
Prophète en nul pays
Ta demeure est partout
Marche, marche, plâtre.
Désagrège-toi en ignorant ta fin
Poussière, quand tes exhortations
Seront révélées vaines enfin finalement pour finir
En le chuchotement lyrique
D’un paon qui se prenait pour un phénix
Mettant feu à sa parure
La traversée du désert
N’est que cristaux éphémères
Vivre avec la sourde et irrationnelle crainte
De se trouver un jour sans prévenir au creux du cœur une colère
Qui se déplie sous nos yeux comme des draps froissés
Et repasser dans sa tête le cours des évènements
Sans comprendre
Vivre dans la constante attente
De briser un jour sans prévenir sous le poids des années
Qui ont rongé nos convictions les plus intimes
Et de se demander qui l’on est vraiment
Sans savoir
Vivre dans l’anxieuse fébrilité
De cette incertitude constante à laquelle on s’est accoutumés
Qui sans prévenir talonne chacun de nos pas
Et de chercher des points d’ancrage
Puis perdre pied.
Pourtant malgré les avertissements de cette conscience
Nous finirons tous un jour par faire la sourde oreille
Mais elle aura gain de cause; je n’en douterai plus
Ce ne sont pas des menaces en l’air
Je l’apprends, je l’apprends
Pourtant la curiosité des limites est plus forte
Nous finirons tous par les franchir; je n’oserai m’en excuser
Mais je témoignerai de ma bonne foi du moins
Ce n’était pas mon intention première
J’en reviens, j’en reviens
Pourtant la vie triomphe toujours chez les vivants
Nous finirons tous un jour par mourir
Mais en attendant vaut mieux en rire
Ce n’est pas comme si le futur était déjà écrit
Je n’ai pas encore perdu le goût des paris.
Et cette vie que tu avais
Celle qui se mourait
De n’être jamais
Révolue! Tu changes et évolues
Marche sans crainte le cœur mis à nu
Quoiqu’il advienne continue
Peu importe les culs-de-sac où elle t’envoie
La route ne se moque pas de toi
L’arrivée demeure, quelque soit le chemin de croix
Ainsi d’accident en accident
Nous irons de l’avant
Traçant notre chemin fièrement
Sens unique sans unique direction
Voyageurs vers l’horizon
Nous marcherons, nous marcherons
Puisqu’il y encore tant à rêver
Chaque journée sera la première journée
D’un long rêve éveillé
Classé dans : Poésie
[ Cela fait seulement douze jours que je n'ai rien écrit, mais je croirais presque m'être faufilée dans une autre dimension où les minutes se succèdent plus rapidement qu'à l'habitude. La vie en accéléré, j'aime. Petite pause ici; poème au courage de toutes ces personnes qui me viennent en tête. ]
Fille
Tu plongeras tes mains souvent
Au creux de cages éventrées aux oiseaux envolés
Pour essayer de faire battre leurs cœurs disparus
Fille
Tu ressusciteras ton âme mille et unes fois
À la naissance d’un treizième mois
Pour honorer ces morts qui alimentent ton âme
Fille
Tu porteras courageusement ton bonheur
Au plus fort de la tempête mécanique
Pour vaincre l’injustice de la modernité
Fille
Tu garderas des cicatrices
À ta mémoire suturée d’étoiles filantes
Pour t’être battue dignement
Fille
Tu marcheras à bonne cadence
Au milieu du schisme de tes pas
Pour prendre de l’avance sur tes drames
Fille
Tu sauras rester forte
À ta dernière épreuve
Pour avoir vécu.
Nous accrochons nos cœurs aux rayons du soleil;
Puisque personne n’en a vu les cicatrices
Nous exaltons notre bonheur jusqu’à ce qu’il explose;
Avec la simple sincérité de nos sourires
Nous rêvons sans gêne au futur;
Alors que notre présent anéantit à lui seul tous nos passés
Nous n’avons que faire de nos déroutes;
Car seule notre arrivée compte
Une à une, nos vies se meublent
À partir de presque rien
Et des fenêtres ouvertes durant la tempête
Que le vent dans les rideaux.
[ Il fallait simplement que je prévoie ne pas écrire pour écrire, semble-t-il... et c'est tant mieux! Écrit avant-hier.]
Nous espérons
Bel et bien renaître
De ce présent que nous réinventons
Pour nous protéger du non-regard
De l’ignorance
Et de la peur
Pour tout cela, nous sommes revenus
Cent fois à l’essentiel de
Nos petites personnes
La rage qui nous dévore
La peine qui nous rouille
L’insouciance de nos bonheurs
Et que dire de cette machinerie
Étrange et intrigante
Qui bat au-delà de nos viscères.
Nous leur avions absurdement
Interdit de mourir
En ignorant tout de cette vie qui les tuera
Ô combien détestons-nous
Ces aperçus de grandeur
Des possibles inaccessibles qui jouent le jeu
Ô combien aimons-nous
Ces promesses de lumière
Qui réchauffent nos soleils
De longs corridors – prisons
Qui s’évaporent
Sous les ciels de nuits d’été
Des siestes – chronophages
Qui sont bercées
Dans des nids d’odeurs familières
Ces entretiens avec des fantômes
Longuement, nous y excellons
Puisqu’ils nous répondent.
***
Il y a ce «je» interchangeable et pluriel
Qu’importe l’identité du narrateur
Seule l’histoire compte
Dans l’universalité de la réminiscence
De la douleur
Toutes les âmes liées se valent
Dans l’universalité du sourire
De l’avenir
Tous les rêves persistent
Ce serait nous ou moi
Que cela serait pareil
Ce que les autres y verront n’en tiendra qu’à eux
Tous aussi uniques et concernés qu’ils se croient
Tout cela ne regarde que nous
Et l’amitié.
Écrit sur un camion en marche
À côté d’un autobus à la même vitesse
SUSPENSION flotte dans les airs
Et la vie aussi -
Puisque tout s’arrête en cet instant
Même la fuite
des lignes d’horizons
des regards
Les lignes de nos mains ne nous destinaient pas l’un à l’autre.
Quel gâchis, quelle désolante chiromancie
Si peu de romance de la part de cette vie
en SUSPENSION.
Quelque part, là-bas
il y avait une lumière
qui veillait sur des enfants assoupis, les pieds nus.
Quelque part, là-bas
il y avait une rivière
qui n’avait ni or ni poisson.
Quelque part, là-bas
il y avait l’éternité
qui caressait les joues d’amants temporaires.
Par ailleurs, les étoiles valsaient dans le hublot
du satellite qui valsait dans l’iris du bébé qui valsait
entre les bras cahoteux de la vie.
Par ailleurs, valsait aussi la poupée dans la poupée
dans les boîtes dans les cargos dans les eaux
dans les vallées intercontinentales.
Par ailleurs, par ailleurs, c’était ailleurs.
En ces temps, quand les secondes étaient
moins longues, les histoires étaient encore écrites
non pas sur des feuilles de papier, mais sur des
feuilles de thé.
En ces temps, quand le mauvais œil était
encore aveugle, l’impossible était encore assiégé
non pas par des cages de verre, mais par des
conquêtes futures.
En ces temps, quand le son voyageait
plus vite que la lumière, les fous possédaient encore
davantage que leur regard nouveau.
D’un autre côté, naissait celui qui ne meurt pas.
D’un autre côté, naissait ce qui ne vit pas.
D’un autre côté, d’un autre côté, pas du nôtre.
Qu’est-il arrivé à la lumière
Qu’est-il arrivé à la rivière nue
Qu’est-il arrivé au fard d’éternité
Valse-t-on encore ailleurs
Qui a bu le thé
Qui a fait du futur le passé
Qui a subtilisé la nouveauté
Naît-on encore de l’autre côté?

1
En voyant l’éphémère
j’ai voulu apprendre l’indépendance.
2
En voyant le malheur du solitaire
j’ai voulu apprendre à partager le bonheur.
3
En voyant l’infidélité du bonheur
j’ai voulu apprendre la force.
4
En voyant le plus fort à genoux devant ses faiblesses
j’ai voulu apprendre l’humilité.
…
Peut-être qu’à la fin de ma vie, je n’aurai jamais rien appris de plus.
Peut-être même l’aurai-je mal compris.
Mais pour l’instant, j’apprends.
J’écoute Brel, Cabrel et Bruel
Et lentement, les chansons me rappellent
Le bruit des pas sur le plancher
De ceux qui m’ont désertée
Puis sans prévenir
Parce que je ne comprends pas pourquoi je pleure
Sinon pour les secondes qui meurent
Parce que je n’ai rien à envier à personne
J’oublie mes erreurs et me pardonne
Une étoile s’illumine
Je vois tous ces regrets que je n’aurai jamais
Mais qui me suivront toujours de près
J’apprends à croire que j’irai assez vite devant
Vers tout ce qui m’attend
C’est à moi
Oui, même mon malheur
Pourquoi me ferait-il peur
Si c’est moi qui le choisis
Alors même à lui, je souris
Bien au creux de mes bras
Je berce mes rêves et mes craintes
Je revendique mes rires et mes plaintes
Le meilleur et le pire de moi-même ne seront toujours qu’au final
Celle que je suis, par-delà bien et mal.