… Z.


Néo-luxes (inachevé)
8 avril 2008, 6:34
Classé dans : (à souligner), Existence, Écrits
La justice, l’ignorance et le pessimisme, ce sont trois privilèges à leur façon.

La justice, parce que son action demande des circonstances très limitées. Est juste celui qui peut se permettre de jouer selon les règles du jeu et en sortir gagnant. Celui qui se sait promis à la défaite est parfois contraint d’outrepasser quelques interdits de morale.

L’ignorance est un luxe également dans la mesure où le savoir que nous occultons, cette puissance qu’il recèle, nous n’en avons pas besoin. Nous n’avons pas besoin de cet atout pour vivre et survivre : les nôtres nous suffisent. Celui qui ignore volontairement se trouve si riche de ce qu’il sait déjà, car il peut se permettre le désintérêt.

Le pessimisme sincère, quant à lui, est un luxe encore plus grand que l’ignorance. C’est le luxe de celui qui sait qu’il est béni, protégé par quelconques circonstances avenantes à son égard. Il peut ainsi être prophète de malheur sans être inquiété, car il se sait à l’abri. À ceux qui n’ont pas ce privilège, le pessimisme n’est pas permis dans la mesure où l’action demeure nécessaire. Le pessimisme freine trop souvent le mouvement, et est proscrit pour ceux concernés par l’objet du pessimisme en question.

Être fidèle à soi-même avant tout, agir à la hauteur de ses convictions… quelles qu’elles soient: c’est d’être toujours plus digne que celui qui suit la morale des autres. Voilà le grand luxe, l’éventuel péché ultime : la pensée personnelle. Cette capacité chèrement acquise par cette connaissance diabolisée.

Et si penser est un luxe, il ne faut pas être leurré par celle-ci. Par exemple, il ne faut pas penser que la vie punisse. Cela reviendrait à dire qu’elle puisse être volontairement mauvaise. La vie est bonne au contraire, ou sinon ne peut que l’être dans l’absence de considération des hommes capables de si peu de pitié. Cette humanité punit; non la vie. Cette humanité se venge du bonheur d’autrui, mais la vie n’en a que faire. Elle dépasse en soi ces enfantillages.

(inachevé, à suivre?)



Attaque de l’anthropocentrisme
7 janvier 2008, 3:51
Classé dans : (illustré), (à souligner), Existence, Révolte, Écrits

Connexions

Je crois sincèrement que la tentative de connaître la nature humaine ne relève pas particulièrement de la connaissance d’humains. Ce n’est pas en nous liant, en nous enchaînant avec d’autres, que nous en apprendrons plus sur la généralité. Dans la pluralité se trouve la singularité, et non l’inverse. Le pluriel est inclusif, le singulier exclusif. Bien que le singulier puisse être pluriel, certes. Cependant, entretenir des relations et amitiés limite son utilité au ludique, à défaut de faire office de source fiable. Je commence à croire justement qu’une telle implication personnelle brouille les cartes et entraîne le non-retour de la singularité quant à la lucidité. Lorsque nous sommes trop près de ce que nous regardons, notre nez nous bloque la vue. Notre MOI empiète sur le TOI, et nous sommes alors inaptes à l’impartialité. Et donc, incapables de poser un verdict valide (et ce en dépit de la vérité) sur la condition humaine. Côtoyer des étrangers nous fournit beaucoup plus d’informations que nous le croyons. Il s’agit de former un réseau lâche qui resserrera ses mailles autour d’un banc de poissons afin de pouvoir n’en faire qu’un poisson géant. Ceux, qui outrés, avanceront que se distancer de la masse ne fait que donner encore plus d’importance à notre personne, car se reculer serait donner une importance à notre position d’observateur. Pourtant cela signifie tout au plus que notre position influence notre jugement, ou pour faire court notre influençabilité; constation nous ne pouvons plus humble.

Peut-être me direz-vous que je suis l’hypocondriaque des relations humaines, qu’il ne faut pas s’imaginer que l’immersion sociale contamine la pensée de l’observateur. Eh bien, je ne vois pas le mal en tout; le rire est contagieux et lorsqu’il n’est pas cynique, tout à fait désirable. Toutefois, cela restera toujours faux d’affirmer que l’objectivité à sa place dans le socio-affectif. Il y a en cela une évidence que je ne tenterai point d’expliquer. Quiconque s’objecte évoquera éventuellement le fait que la réalité consiste en la perception d’autrui. Problème évoqué par cette malheureuse phrase : « Si un arbre tombe dans la forêt et qu’il n’y a personne pour l’entendre tomber, fait-il du bruit? »… mais si personne ne peut constater l’action de votre pensée sauf vous, pensez-vous? Évidemment, que l’arbre fait du bruit lorsqu’il tombe : les moindres sons que sa chute provoque seront perçues dans la mesure où le sol tremblera, où peut-être même les arbres à proximité trembleront.

Et plus que l’égocentrisme, l’anthropocentrisme me sidère, ce réflexe d’imaginer que l’Univers ne puisse être de lui-même. Rationnaliser est légitime, mais refuser la possibilité que des choses dont nous sommes peut-être seulement incapable de percevoir, d’imaginer, m’amuse. C’est d’ailleurs cette attitude bornée que je déplore dans Je jure que je mens. Il y a quelque chose dans ce monde qui communique au-delà du vouloir commun, de la capacité d’abstraction commune. Certaines théories scientifiques en cours d’élaboration abondent en ce sens, et cela ne me surprendrait pas qu’elles s’avèrent « vraies » de par leur irréfutable cohérence.

Nietzsche évoquait le surhomme comme un éclair sans sens (sans direction, sans signification…). J’imagine que lorsque nous aurons humblement délaissé notre stade d’humanité, dont le terme-même sacralise le fil tendu que nous sommes, nous aurons réussi. Il s’agit maintenant de savoir s’il s’agit d’un idéal à poursuivre ou d’un but envisageable…?



Je jure que je mens
24 décembre 2007, 9:10
Classé dans : (illustré), (à souligner), Existence, Écrits

Décider et déclarer vraie une chose ne se réduit pas à l’usage seul de la raison, car cela inclut également décider et déclarer faux tout le reste. Et cela, rejeter d’une seule affirmation la véracité de toutes les autres est une chose que je conçois mal, une entreprise immense dont les frontières sont au-delà de l’imagination : cela dépasse même la vieille lutte matérialisme/idéalisme. Les matérialistes prétendent que le vrai est ici-bas, qu’ils peuvent l’observer, le toucher, l’expérimenter. Les idéalistes prétendent que le vrai est ailleurs et que les idées ne peuvent pas être que conséquences de l’effet du monde, car les idées innées de perfection et d’étendue sont difficilement tangibles. Mais affirmer savoir la vérité revient à rejeter ce que nous n’avons peut-être pas encore eu l’occasion d’observer ou à rejeter le monde qui se présente devant nous comme réalité de premier plan s’avère, dans les deux cas, plutôt curieux à mes yeux.

Il s’avère que plusieurs philosophes ont tenté de définir l’être humain sous toutes ses coutures, sans pour autant arriver à un consensus. Certes, nous pourrions être tentés de croire à la pluralité de la vérité (voire, Vérité). Plutôt que de s’encombrer dans un raisonnement complexe et long, pourquoi ne pas recourir à la simplicité? L’histoire relate que la découverte de la masse volumique ne nécessita que d’un seul bain, et que la théorie de la relativité que d’une seule pomme. La littérature, si l’on peut qualifier ainsi ces récits anecdotiques, reflète souvent de manière juste la réalité.

Ainsi, j’utiliserai la métaphore des souris dans une boîte. Un jour, un sac est retrouvé, déposé sur le milieu de la place publique. Il y est écrit qu’il s’y trouve plusieurs souris, dont une seule noire. Amusé, le premier philosophe s’essaie et retire une souris blanche. Ce jeu se répète au fur et à mesure que les philosophes défilent, sans pour autant que la souris noire soit retirée du sac. Cela ne se produira jamais. Parfois les souris sont grises, presque noires et tous s’exclament, voilà l’expérience terminée. Avec le temps, la nature de la souris est révélée, et il faut tout recommencer. Cela est très frustrant pour tous, durant certaines longues périodes le sac reste intact, mais la curiosité l’emporte. Peut-être un peu l’espoir d’être l’élu chanceux qui attrapera la souris noire. Peut-être même viendra un jour (peut-être passé ou très lointain), où le dernier philosophe s’exclame « Mais la boîte est vide! » Deux conclusions sont alors possibles :
Le sac à souris
1) L’écriteau est faux, il n’y a aucune souris noire.
2) La souris noire se déplace de telle sorte que nul ne peut la toucher, ce qui donne l’illusion de vide.

Et si la boîte n’est jamais vide, se rajoute la troisième conclusion également valable :

3) Il y a tant de souris blanches, voire une infinité, et nous pouvons continuer de chercher la noire tout en sachant que la probabilité de succès est faible, voire nulle.

Ces hypothèses sont très simples mais révèlent la complexité de se prononcer sur la vérité. Tout philosophe trouvera réfutation, tout énoncé pourra être contredit : la nature humaine serait-elle insaisissable (hypothèses 2 et 3)? Ou n’existe-elle pas, donc est insaisissable par son inexistence (hypothèse 1)? Dans les deux cas, nous pourrions considérer tous ces siècles perdus, tous ces esprits vifs travaillant en vain. La plupart d’entre nous ne peuvent se résoudre à un tel cuisant échec, alors par réflexe, chacun choisit sa souris grise. C’est là que réside la solution dans une certaine mesure au problème, la seule façon de mettre fin à ce jeu pénible et irritant.

Voilà précisément où je veux en venir. Si nous sommes condamnés à ne pas savoir quelle hypothèse est vraie, nous sommes pleinement libres de choisir celle que nous croirons vraie. Que ce soit une souris grise, qui nous apparaît plus noire que toutes les autres souris grises, que ce soit de croire en la véracité l’une des trois hypothèses. Nous sommes libres de choisir ce que j’appellerais notre mensonge (partant du principe que nous ignorons quelle est la vérité). Pour des raisons diverses, nous choisissions l’alternative à la certitude qui nous convient le plus, et nous pouvons finalement vivre sans s’en préoccuper davantage. Il est toutefois fortement suggéré que ce choix s’inscrive dans une cohérence, et que ce qui en découle soit conséquent.

Donc, ma conception de l’être humain n’est non pas arrêtée sur une seule idée précise, sinon celle du mensonge. Je n’utilise pas le terme mensonge dans son caractère péjoratif : si je choisis d’être rousseauiste, marxienne, cartésienne, nietzschéenne ou existentialiste ou tout ce qui est possible d’être, il faut cependant s’entendre sur une chose. Je reste consciente que tout cela n’est qu’hypothèse, car il ne m’a pas été donné de vivre une quelconque illumination divine, ni l’apparition de la Vérité. Le mensonge est là : je sais qu’il est possible que cela soit faux, mais j’affirme une philosophie vraie car je peux/veux passer à autre chose (je soupçonne plusieurs de faire ainsi chaque jour de leur vie, pour tous leurs mensonges). Un habile menteur sait comment agir en fonction de son mensonge mais sans jamais se convaincre lui-même. Il reste honnête envers lui-même, et c’est ainsi que j’espère l’homme rester humble dans sa condition d’homme, et de ne pas se méprendre en s’imaginant détenteur de la Vérité. Sans compter que le mensonge sert la créativité humaine. Choisir un mensonge permet d’en choisir d’autre; alors que choisir une vérité empêche de choisir une autre vérité. Et dès lors, nous serions obligés de nous limiter à une seule vérité, et seuls les fous ne changent pas d’avis… et si nous regardons l’histoire, ceux qui ont fait couler le sang étaient les pires menteurs, et leur méprise entre mensonge et vérité ont coûté la vie de trop d’hommes.



Extrait d’Objection
13 décembre 2007, 2:44
Classé dans : Anecdotique, Espoir, Existence, Écrits

[...]

Je n’aime pas l’animé, car il meurt. Il trahit parfois; souvent même. L’animé est composé d’une matière étrange, alliage d’irrationnel et de rationnel. En quelque sorte, un ramassis bordélique, où se perd société et génétique, qui s’avère souvent décevant. Fait horripilant, que je supporte mal; je n’aime pas cette vie vivante qui devient fade et moisie, je n’aime pas cet avenir pailleté qui n’est en fait que de la rouille bien camouflée. Je hais la déception, si bien que j’en ai presque peur. Et quand on craint la déception, on craint tout. Attention, de toute évidence le devoir de transcender cette phobie paralysante surgit devant moi, se dresse plus intimidant que la phobie elle-même. Je l’ai écrit il y a de cela quelques milliers de minutes; ma vie se doit d’être un roman. Si je ne la vis pas, je dois la vivre sur papier. Il faut que je rattrape le rêve; j’y compte bien.

Attention, vivre sa vie romanesquement n’exige pas agitation physique, l’esprit suffit souvent. Il s’agit de rendre chaque geste un mot, une phrase avec un peu de chance, un instant unique et si commun. Il s’agit de voler des minutes à la réalité, il s’agit de profiter de son regard détourné pour subtiliser une partie d’impossible.

[...]



Parenthèse
11 décembre 2007, 4:38
Classé dans : (à souligner), Anecdotique, Espoir, Existence, Écrits
(L’écriture est la seule chose qui donne une seconde chance. C’est pour cela que je l’aime tant, il est toujours possible de modifier les mots, les préciser, les justifier.

Les jours vides sont paradoxalement les jours les plus productifs, et vice-versa. Il ne me plaît pas de penser pour autrui, ni pour que cela rapporte. Il me faut penser pour moi-même, c’est l’une des raisons pourquoi il m’est si difficile de me départir de certains textes. Ce soir, j’ai eu tout le loisir de penser, et comme le temps passé à penser s’allonge! Pourtant, je n’étais pas malheureuse, bien au contraire. Un bon verre de blanc, une bonne salade au saumon fumé particulièrement savoureuse, j’avais un tête-à-tête avec un moment heureux. Je crois que mon avant-midi m’a fait un effet monstre, rien que pour cette expérience je crois que le jeu en valait la chandelle.

Je repense souvent aux moments par après, je les regarde de loin comme lorsqu’on regarde les passants à la terrasse d’un café. Je me demande souvent ce qu’en penserait des gens qui me connaissent en superficie, et même les gens qui me connaissent bien. Est-ce que ce serait folie pour eux? Traquer les gestes, guetter les mots, piéger les intentions. J’ai toujours été en retrait pour regarder les autres, et je ne me prive pas de ce poste d’observation privilégié. Cela ne m’empêche pas de m’impliquer, de me livrer lorsque la bataille le requiert. Je donne souvent de mon plein gré, mais ce qu’il me semble agréable de donner et je garde pour moi le reste. J’ai une mémoire peut-être sélective, mais qui ratisse large.

C’est quelque chose qui m’agace, cette facilité à oublier qu’ont mes pairs. Vivre un jour dans l’inconscience c’est perdre un jour d’existence, et les voilà repartis avec leurs manières! Je vis progressivement la grande désillusion, je me rends compte de la superficialité des sourires. Et je me rends compte qu’au bout du compte, les amis véritables valent parfois exactement la même chose que les connaissances. On repassera. Somme toute, je ne peux vraiment pas me plaindre de mes moments de solitude, cela me repose. Je me retrouve, je discute avec moi-même, je me connais. Après tout, ne sommes-nous pas la seule personne avec qui nous sommes certains de passer le reste de nos jours? Se projeter aveuglément dans la socialisation c’est se refuser une singularité. Je remarque que souvent, je n’ai pas l’impression que mes idées m’appartiennent quand je les lance à gauche et à droite avec d’autres. Elles me sont impersonnelles, et c’est l’effet inévitable du groupe et de l’instinct grégaire.

Encore une fois, il y a quelqu’un qui a dit approximativement « j’écris parce que je ne sais rien faire d’autre. Ne croyez pas que c’est plaisant, je n’ai pas le choix » et j’aimerais bien retrouver qui a énoncé cela. C’est exactement ce que je ressens… mais dans un sens, je ne peux pas me permettre d’écrire tout le temps, d’en faire un métier. Déjà que cet exercice d’introspection me semble parfois un peu délirant, me contraindre à le faire chaque heure de la journée me rendrait carrément folle. De plus, je le dis, l’agitation de la vie quotidienne me pousse à écrire. Et puis je suis si mauvaise en fiction (j’y parviens, mais franchement je ne vois pas mon intérêt d’en écrire alors que je peux en lire), qu’écrire en permanence me dépouillerait de toute substance, de toute matière première. Écrire pour vivre! Définitivement, ce n’est pas moi. Plutôt devrais-je dire, mon écriture n’est pas assez forte pour contenir ma vie, ni assez vaste. Mon imagination non plus. Ah, la vie est un paradoxe.)



Écran
9 décembre 2007, 10:28
Classé dans : (à souligner), Existence, Fictif, Écrits

Il y a beaucoup de gens anonymes, sur cette grande place. Beaucoup de gens qui se livrent peu, qui demandent beaucoup. Le marché est vaste, la demande grande, l’offre forte. Pourtant, le prix à payer reste dérisoire: pourquoi payer alors qu’on ne fait que regarder? Ces gens emportent tout de même une partie de nous, une partie de notre vie avec eux, et voilà je crois que ne rien donner en retour c’est s’endetter inévitablement avec la vie. Nous, nous ne pouvons pas les poursuivre en brandissant une facture impayée, mais la vie, elle, le peut. Un jour, à force de garder leur distance, ils se retrouveront seuls. Et ce sera le prix à payer.

Ils seront là, ces anonymes, après la fermeture du marché, sur cette grande place déserte. Je ne m’en réjouis pas, je constate.



L’esprit en boîte
7 décembre 2007, 2:50
Classé dans : (à souligner), Existence, Écrits

“Cela avait déjà commencé avant même que l’homme n’y pense. Cela continuerait indépendamment de l’action humaine, et cela ne cesserait que lorsque cela sera fini.”

C’était quelque chose comme ça, pas exactement mais presque, qui m’est venu en tête. Impression de déjà-vù, mais impossible d’y associer quoique ce soit. Peut-être un quatrième de couverture, une histoire inachevée, une chronique, une oeuvre de fiction de quelqu’un quelque part. Il m’est très frustrant de ne pas savoir d’où cette idée vient, en ayant en tête seule la réponse “de tout et de rien”. Qu’est-ce “cela” au juste? Il m’est déjà pénible de ne pas savoir l’origine de ces phrases, mais ignorer également leur propos et leur sens me rend encore plus furieuse.

Peut-être que “cela”, c’est la vie? Oui, aucun doute maintenant. De cet espèce d’existentialisme-nietzschéen, voilà d’où vient cette phrase. Oui, c’est l’existence, qui arrive accidentellement et qui part accidentellement. Soudainement, je me sens libre. Libre d’être responsable, libre d’être engagée, libre d’être amorale, libre de vivre. Ouf. Après trois heures de réflexion furieuse sur “le bonheur est-il un choix”, voilà comment tout prend fin. Soulagement.

“Cela était, tout simplement. L’existence suffisait à cela, cela était si libre que cela n’avait même plus besoin de vivre, seulement d’exister et d’exister à nouveau.”

En vouloir l’éternel retour, choisir en son existence celle de tous les autres, ne plus chercher la vérité à tout prix; la laisser être aussi. Cette existence éclair, encore plus que le surhomme éclair, cette puissance de vie qui s’affirme dans sa tenacité-même, cette respiration et ce poul inébranlable. Enfin, une réponse qui n’en est pas une, une réponse tellement vide qu’elle devient trou noir et aspire tout. Cela valait la peine, trois heures inutiles d’agitation utile, si ce n’est que pour ces quelques minutes hors de l’espace-temps.

Expérimenter l’existence pour elle-même.

Enfin!



D’un seul trait
2 décembre 2007, 6:03
Classé dans : Existence, Écrits

La froideur de ce monde hivernal et l’inutilité de la chaleur (puisque tout continue d’être sans elle) m’a glacé la dernière goutte de sang chaud. À présent, mes artères sont aussi bleues que mes veines, et les tâches blanches sur ma peau se multiplient à folle allure. Je contemple le paysage et je pense: un jour, séparée de ces gens, je repenserai à eux dans un élan de bonté, oubliant les différents qui les éloignèrent jadis de ma personne. J’attends ce jour avec ferveur. À ce jour où je penserai à eux sans l’arrière-goût acide et amer de l’amitié.

Par ailleurs, tous les paysages qui défilent sont les mêmes : ceux de l’adieu. Ceux du non-retour. Chaque passager s’approprie un sens à chacun de ces paysages, mais nul de connaît de valeur réelle : ni bien, ni mal existe dans un paysage qui défile à vive allure. Après tout, comment prétendre donner un sens valable à ces paysages si l’on peut à peine distinguer tout ce qui le constitue? La seule chose qui appartient au domaine de la certitude est la première gare d’où est parti le train.

Et longue est la route qui mène à la vie, la vraie. C’est une longue ligne. Et il y a un espace si grand qui se lève sur cette ligne d’horizon que nous avons tracé. C’est un espace d’insignifiance qui emplit le ciel que nous avons vidé. Au-delà de toutes considérations, nous avons oublié d’y laisser l’étoile polaire et nous avons effacé la grande carte du ciel. Nous y avons tracé des constellations pour que nul ne puisse les imaginer, nous y avons posé un drapeau pour s’approprier sa lumière.

Malgré le trajet que j’essaie de parcourir, je me rends compte péniblement que les choses changent si peu, au final. Toutes ces illusions de changement, de mouvement, n’existent en partie que pour éviter l’être de se sentir dénué de sens. Pourtant, il n’y aurait pas une grande différence suite à la disparition de quelques uns de ces mirages. Nous continuerions de courir dans le vide. Comme je le disais, tous ces paysages sont ceux de l’adieu mais non du changement. Quitter un endroit pour un autre n’est qu’abandonner l’un pour le suivant, mais aucun changement n’a réellement lieu.



Attention
10 novembre 2007, 4:07
Classé dans : (à souligner), Existence, Révolte, Écrits

Il ne faut jamais la relâcher. Dans la nature, elle court, s’emporte. Certes, plaisamment, mais la violence de sa chute est proportionnelle à la vitesse de sa course. Il faut l’entraîner, la dompter, la dresser, en faire un objet de prestige. Mais il ne faut pas se leurrer, cela demande beaucoup de travail et de persévérance. Lire, écrire, écrire, lire mais surtout VOIR. Il ne suffit pas d’avaler les lettres comme un ivrogne assoiffé, il faut les apprécier, les comprendre, les SENTIR. Il faut être sensible aux drames inopinés, aux tragédies inoffensives.

Aussi absurde que cela paraisse, nous pouvons apprendre l’instinct. Nous l’oublions souvent, le mettons de côté, mais si nous apprenons à l’écouter, nous saurons lorsqu’il nous ment. Et voilà, l’instinct honnête, lorsqu’il est cerné, facilite grandement les gênes quotidiennes. C’est un travail qui n’est jamais terminé.



ZÉRO
2 novembre 2007, 2:04
Classé dans : (illustré), (à souligner), Existence, Révolte, Écrits | Tags:

Zéro«Notre monde est fait de rouages qui ne
s’ajustent pas les uns aux autres.
Ce ne sont point les matériaux qui sont
en cause, mais l’Horloger.
L’Horloger manque. »

Pilote de guerre, A. ST-EXUPÉRY

I


Afin d’assurer une certaine rigueur linguistique à un texte littéraire, il est primordial de clarifier le « progrès » tel qu’il sera examiné, puis critiqué au fil d’une narration historique.

« progrès nom masculin
(latin progressus, de progredi, avancer)
1. Amélioration, développement des connaissances, des capacités de qqn. Faire des progrès en musique.
2. Changement graduel de qqch, d’une situation, etc., par amélioration ou aggravation. Les progrès d’une inondation.
3. Développement de la civilisation. Croire au progrès. »

En fait, le fait qu’une première définition du progrès en fasse une « amélioration » (donc mélioratif), qu’une deuxième un « changement par amélioration ou aggravation » et qu’une troisième un « développement de la civilisation » me semble mériter notre entière attention. Si les linguistes le définissent par une chose et son contraire, cela souligne toute la complexité d’un progrès simplifié sur la place publique. C’est comme poser « si X égale A mais peut aussi éventuellement égaler –A » et demander la valeur de X. On ne peut répondre simplement « X=A » ou « X=-A », à moins que X égale simplement 0. C’est principalement là où je veux en venir : remplacez X par le progrès, A par amélioration et –A par aggravation.
Ces trois définitions seraient-elles une simple mascarade pour éviter de refuser une véritable valeur sémantique au mot? Je l’affirme : X égale 0. Dans les faits, la définition du progrès n’existe pas, celle ayant été établie étant un non-sens.
L’utilisation du terme démontrera cette affirmation : car l’homme a pris le mauvais réflexe de qualifier de progrès tout changement afin de ne pas avoir à se questionner sur l’impact de ses actes, découvertes et interventions. Présupposé dangereux. Examinons cet emploi abusif du terme vide « progrès » auquel le consensus général a accordé une connotation positive au cours de l’histoire. Il sera alors plus aisé de constater qu’un simili-concept amène une simili-solution aux choix de société qui nous sont posés. Une société qui s’aveugle ainsi, en remplaçant de façon presque systématique le terme changement par progrès, est promise à un avenir plutôt sombre. Elle n’ose pas assumer son rôle d’Horloger responsable, désignant l’Horloger tantôt Dieu, tantôt la raison et finalement le progrès.

II

« Maintenant, je vois; je me rappelle mieux ce que j’ai senti, l’autre jour, au bord de la mer, quand je tenais ce galet. C’était une espèce d’écœurement douceâtre. Que c’était donc désagréable! Et cela venait du galet, j’en suis sûr, cela se passait du galet dans mes mains. Ou, c’est cela, c’est bien cela : une sorte de nausée dans les mains. »
J.-P. SARTRE

DANS LA CAVERNE, ILS NE RIENT PAS SEULEMENT DU PHILOSOPHE; ILS LE PLACENT SUR LE BÛCHER, POUR EN TIRER D’AUTRES OMBRES. DES OMBRES ÉTRANGLÉES PAR L’AVIDITÉ. ODEUR DE PLUMES, D’AILES ROUSSIES. ILS TUENT CELUI QUI S’ÉLÈVE VERS LA LUMIÈRE, S’EMPRISONNANT DANS L’ANTRE COMME LA LAIDEUR CONDAMNÉE PAR ULYSSE, PRIVÉE DE SON UNIQUE VUE. ASSIS, DÉCÉRÉBRÉS COMME UNE COQUILLE D’ŒUF PROTÉGEANT UN FŒTUS MORT, ILS TROUVENT REFUGE DANS UN SOMMEIL NIAIS, BAVANT COMME UNE ARMÉE DE CRAPAUDS MALOTRUS TAPIS DANS LA BOUE, SANS PRINCESSE. DE CETTE FAÇON, DANS LE NOIR, L’OMBRE RAMPE PARTOUT, S’INFILTRE DANS LES ESPRITS DE CHACUN. ILS SE RÉVEILLENT ET L’ESPACE D’UN INSTANT, ILS ONT TOUT OUBLIÉ, JUSQU’À L’ENDROIT OÙ ILS SE TROUVENT.

Pour justifier ces gestes lâches, ils pondent d’abord l’égalité. Cette égalité qui rabaisse hommes plutôt que de les élever, celle qui fait de tous et de chacun la chair à canon des révolutions.
« On progresse, on progresse! », coassent-ils. Alors apparaît une flamme vacillante au creux des iris dilatés, croyant voir la lumière. C’est qu’ils n’ont pas encore accepté pleinement la supposée nature-phare du progrès, qui consiste à diriger leur gargantuesque train dans la nuit : ni plus, ni moins. A-t-on déjà vu un objet accéder à la zone lumineuse qu’il engendre? Ce serait bien absurde qu’une même entité projette de la lumière, projette une ombre de cette même source et cela simultanément.
Sans compter qu’ils oublient sans difficulté que ce sont les esclaves qui ont bâti les pyramides, et non les pharaons. Burj Dubaï ne s’érige pas vers le ciel mue par une force divine, ni à l’instar d’une néo-Babel, bien au contraire. À la langue universelle s’est substituée le silence, ou sinon une parole destructrice. Voilà un autre paradoxe historique: c’est la compréhension entre les exploités qui empêche le haricot magique de croître, et non le contraire. Où peut bien être le progrès? Tout cela ne les empêche nullement, si égalitaristes qu’ils soient, de s’extasier devant l’une des merveilles du monde bâtie à la sueur qui coulait sur le dos des soumis. Coassez, coassez.
Ces multiples tentatives de transposition de l’imaginaire fantastique dans la réalité s’avèrent pathos ridicule, où humains hallucinent ataraxie, se piquent à la complaisance. Avec une fierté non fondée, le discours national se dévide jusqu’à n’être plus qu’un épais fuseau de mots. En quel nom ces amphibiens brandissent-ils leur drapeau souillé, tissé à même ces kyrielles d’illusions? Alors aux passagers batraciens de répondre au nom du progrès qui sauve des vies. Qui facilite notre dur labeur, notre purgative de vie dans laquelle on ne sait qui ou quoi nous a plongé. Qui nous empêche de nous noyer. Cependant, il faudra que l’humanité se prenne largement plus en main pour honorer son progrès messianique et son altruisme si crûment exhibé. Jusqu’à présent, ces hommes-grenouilles n’ont su que suivre ce qu’on nomme progrès avec une confiance aveugle, tels des plongeurs perdus suivant les bulles qui remontent vers la surface.
Par une heureuse coïncidence et beaucoup de prières, ils parviendront à respirer, à atteindre les Lumières. C’est l’instant de tous les possibles, où toute invention signifie révolution. À mi-chemin de sa vie, l’humanité affiche une vigueur de jouvence, mais si jeunesse savait. Une fois accostés, ils évoluent en petits mammifères, rongeurs et coriaces. « On progresse! On progresse! » s’exclament-ils à nouveau.
Cette période éphémère de pure création brise le cycle des mort-nés que l’histoire a connu : la disparition de la barbarie et de la bave visqueuse ne peut que laisser place qu’à moins répugnant. Mais rien n’est gagné d’avance : entre en jeu la liberté, celle qui permet à l’un d’écraser l’autre sans l’obliger à lui tendre la main pour se relever. Ces nouveaux hamsters jouissent du confort de la vie moderne, maintenant libres de leurs allées et venues. Pour se délester davantage et gagner l’insoutenable légèreté, ils promulguent l’immatérialité de la valeurs de choses, du travail. Tout n’est que chiffres, que transactions symboliques. Ayant été depuis toujours les seuls à mettre la nourriture sous clé , il devient primordial de satisfaire le client sous peine de voir sa pitance retirée. Le client possède l’autorité absolue sur le maître de l’échoppe, à lui de se débrouiller avec les demandes contradictoires qui fusent. Rapidement, automatisé et automatique, le système résorbe l’illusion de collectivité, qui grisait auparavant les individus. D’une rapidité foudroyante, les vestons noirs se mêlent dans la foule, marchent au pas sans garde-à-vous. Excellant dans la nullité, chacun en fait son domaine particulier, rien n’échappe à la ségrégation : encore moins les idées.
La sénilité gagne insidieusement la société, étouffée par la fumée des cigares. Le moment de vérité ne tardera point, lorsqu’ils se réveilleront de cette longue transe. Des fosses communes, révélées par la disparition des sincères utopies humanistes, émergeront les asticots qui y dormaient. Les cadavres des dictateurs furent leur gîte depuis longtemps, et l’incinération des corps s’offrira comme la solution finale de toutes ces solutions finales.

À PRÉSENT, DÉSŒUVRÉS, ILS NE SAVENT TROP QUOI FAIRE DE CES CENDRES. SI LE GUIDE ÉTAIT PHÉNIX, IL S’AVÉRERAIT DIVERTISSANT DE LE BRÛLER À LA MANIÈRE D’UN OUROBOROS SATANIQUE. CELA LEUR ÉVITERAIT DE DEVOIR SUPPORTER CETTE NEIGE SUR LEUR ÉCRAN, MAINTENANT QUE LE SIGNAL EST MORT. ALORS À L’EFFIGIE HÉRÉTIQUE DU MESSIE DÉCHU, ILS ÉRIGENT DES POUPÉES DE CIRE QUI À DÉFAUT DE BRÛLER, FONDENT AVEC LENTEUR ET REDEVIENNENT MATIÈRE PREMIÈRE. DE LÀ ILS PEUVENT RECRÉER LAIDEUR ET IMAGE, MARIER LES DEUX DANS DES TONS PLUS EXÉCRABLES LES UNS QUE LES AUTRES. TIRER LE PIRE PARTI DES COULEURS, TEL EST LEUR PARI. LA NEIGE EST DISPARUE, ELLE LAISSE NAÎTRE UN PRINTEMPS OÙ LES HORREURS VERDISSENT SI VERDÂTRES… PLUS QUE JAMAIS.

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Ce texte est lui-même production d’un enfant-éponge de ce siècle des Noirceurs. Force est de constater que l’âge d’or promis par le progrès actuel ne peut se reproduire au coût du moindre effort. Est-ce possible d’envisager ce qui serait à présent un anachronisme, soit une réapparition du paradis perdu? L’idée en vogue du progrès salvateur est au futur ce que les chirurgies esthétiques sont au charisme. Il s’apparente grandement à cette notion surréaliste de la femme que le féminisme a, probablement sans connaissance de cause, fait naître : la Femme, mythe dans sa splendeur, s’élève aux aurores et dort aux crépuscules, démaquillée. Et cette femme, qui marche avec le poids du monde sur ses talons, n’a ni cœur ni élément moteur. Elle avance comme un train à vapeur alimenté au charbon qui cerne son regard fauve. Elle déraille avec une expression guerrière, sans égard face à l’humanité, ni en l’homme qui l’a créée. Oui, cette image populaire de la super woman est un pur produit de la volonté d’égalité, de progrès social, qui fonctionne suivant les mêmes mécanismes que ce qui l’a engendrée. Le progrès glorifié, aidé de l’excessive liberté individuelle, a contribué à la déshumanisation de l’humanité. Voilà que cette position bien pessimiste s’annonce, une question surgit. Est-ce préférable de ne rien faire et d’attendre que le téléviseur défectueux s’éteigne de lui-même puis d’agoniser dans le noir? Non, la lucidité est notre seule porte de secours dans cette tour qui croule, trop haute et trop grande pour ce que ses fondations boueuses et hémophiles pouvaient supporter. Nous devons reconnaître, avant de vouloir connaître, que des milliards de vie n’auront servi que les desseins destructeurs de l’avarice. Jamais les vies sauvées par le progrès n’allègeront le cœur des hommes dans la pesée de l’âme. N’ayant connu que la destruction, ou la construction destructive, celle-ci s’est imprimée dans si fortement dans une conscience collective que les générations présentes ne peuvent la contrer. Il ne reste que le futur pour se porter garant de lui-même.

GRANDS YEUX ENFANTINS
NAÏFS MAIS ESPÉRANT
NE LEUR LAISSONS RIEN DE NOUS
ILS NE SAURONT QUOI EN FAIRE

ON A TOUT TUÉ TOUT RASÉ
LES MURS DES ÉDIFICES LES ENFERMENT
CHERCHONS L’ENFANT AUX PAPILLONS
QUI FERA DE CE GRIS DÉSERT UN JARDIN

DESSINONS-LEUR DES MOUTONS
EUX QUI SAVENT TOUT SANS RIEN SAVOIR
EUX QUI COMPRENNENT TOUT SANS RIEN COMPRENDRE
LAISSONS-LEUR AU MOINS L’ESPOIR

Nous saurons peut-être leur éviter de prendre ce billet pour ce train sans retour, qui déraille. Nous saurons peut-être leur éviter de respirer l’air avarié du post-modernisme, aussi fatal que le Zyklon B. Pour cela, il faut maintenir l’espèce humaine en vie. Aussi absurde que cela paraisse, il est impératif de continuer d’espérer que se répète cet exploit effectué il y a deux milles ans, soit d’apprendre aux hommes l’amour. Camus disait :

« Notre tâche d’homme est de trouver les quelques formules qui apaiseront l’angoisse infinie des âmes libres. Nous avons à recoudre ce qui est déchiré, à rendre la justice inimaginable dans un monde si évidemment injuste, le bonheur significatif pour des peuples empoisonnés par le malheur du siècle. Naturellement, c’est une tâche surhumaine. Mais on appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout. » (L’été)

C’est indubitable, la nature reprendra ses droits par celui qui les lui a retirés. Ce n’est peut-être qu’un espoir têtu et naïf, reliquat du monde des merveilles, mais j’y tiens. Car comme Platon, le bien se trouve ailleurs. Car comme Bruno, il n’a pu avoir de déluge universel : il reste bien quelque part une fraction de ce que nous y avons perdu.