Vivre avec la sourde et irrationnelle crainte
De se trouver un jour sans prévenir au creux du cœur une colère
Qui se déplie sous nos yeux comme des draps froissés
Et repasser dans sa tête le cours des évènements
Sans comprendre
Vivre dans la constante attente
De briser un jour sans prévenir sous le poids des années
Qui ont rongé nos convictions les plus intimes
Et de se demander qui l’on est vraiment
Sans savoir
Vivre dans l’anxieuse fébrilité
De cette incertitude constante à laquelle on s’est accoutumés
Qui sans prévenir talonne chacun de nos pas
Et de chercher des points d’ancrage
Puis perdre pied.
Pourtant malgré les avertissements de cette conscience
Nous finirons tous un jour par faire la sourde oreille
Mais elle aura gain de cause; je n’en douterai plus
Ce ne sont pas des menaces en l’air
Je l’apprends, je l’apprends
Pourtant la curiosité des limites est plus forte
Nous finirons tous par les franchir; je n’oserai m’en excuser
Mais je témoignerai de ma bonne foi du moins
Ce n’était pas mon intention première
J’en reviens, j’en reviens
Pourtant la vie triomphe toujours chez les vivants
Nous finirons tous un jour par mourir
Mais en attendant vaut mieux en rire
Ce n’est pas comme si le futur était déjà écrit
Je n’ai pas encore perdu le goût des paris.
Et cette vie que tu avais
Celle qui se mourait
De n’être jamais
Révolue! Tu changes et évolues
Marche sans crainte le cœur mis à nu
Quoiqu’il advienne continue
Peu importe les culs-de-sac où elle t’envoie
La route ne se moque pas de toi
L’arrivée demeure, quelque soit le chemin de croix
Ainsi d’accident en accident
Nous irons de l’avant
Traçant notre chemin fièrement
Sens unique sans unique direction
Voyageurs vers l’horizon
Nous marcherons, nous marcherons
Puisqu’il y encore tant à rêver
Chaque journée sera la première journée
D’un long rêve éveillé
[ Il fallait simplement que je prévoie ne pas écrire pour écrire, semble-t-il... et c'est tant mieux! Écrit avant-hier.]
Nous espérons
Bel et bien renaître
De ce présent que nous réinventons
Pour nous protéger du non-regard
De l’ignorance
Et de la peur
Pour tout cela, nous sommes revenus
Cent fois à l’essentiel de
Nos petites personnes
La rage qui nous dévore
La peine qui nous rouille
L’insouciance de nos bonheurs
Et que dire de cette machinerie
Étrange et intrigante
Qui bat au-delà de nos viscères.
Nous leur avions absurdement
Interdit de mourir
En ignorant tout de cette vie qui les tuera
Ô combien détestons-nous
Ces aperçus de grandeur
Des possibles inaccessibles qui jouent le jeu
Ô combien aimons-nous
Ces promesses de lumière
Qui réchauffent nos soleils
De longs corridors – prisons
Qui s’évaporent
Sous les ciels de nuits d’été
Des siestes – chronophages
Qui sont bercées
Dans des nids d’odeurs familières
Ces entretiens avec des fantômes
Longuement, nous y excellons
Puisqu’ils nous répondent.
***
Il y a ce «je» interchangeable et pluriel
Qu’importe l’identité du narrateur
Seule l’histoire compte
Dans l’universalité de la réminiscence
De la douleur
Toutes les âmes liées se valent
Dans l’universalité du sourire
De l’avenir
Tous les rêves persistent
Ce serait nous ou moi
Que cela serait pareil
Ce que les autres y verront n’en tiendra qu’à eux
Tous aussi uniques et concernés qu’ils se croient
Tout cela ne regarde que nous
Et l’amitié.
J’écoute Brel, Cabrel et Bruel
Et lentement, les chansons me rappellent
Le bruit des pas sur le plancher
De ceux qui m’ont désertée
Puis sans prévenir
Parce que je ne comprends pas pourquoi je pleure
Sinon pour les secondes qui meurent
Parce que je n’ai rien à envier à personne
J’oublie mes erreurs et me pardonne
Une étoile s’illumine
Je vois tous ces regrets que je n’aurai jamais
Mais qui me suivront toujours de près
J’apprends à croire que j’irai assez vite devant
Vers tout ce qui m’attend
C’est à moi
Oui, même mon malheur
Pourquoi me ferait-il peur
Si c’est moi qui le choisis
Alors même à lui, je souris
Bien au creux de mes bras
Je berce mes rêves et mes craintes
Je revendique mes rires et mes plaintes
Le meilleur et le pire de moi-même ne seront toujours qu’au final
Celle que je suis, par-delà bien et mal.
terriblement beau. »
Il y a de ces histoires auxquelles n’appartiennent aucun mot. Tous y sont de trop, et pourtant, certains s’évertuent à vouloir les raconter. Lorsqu’il s’agit de bonheur, de joie, les tentatives de récit s’avèrent charmantes malgré leur maladresse. Cependant, rien n’éveille en moi autant de triste désolation que le spectacle d’une narration décousue des tragédies sans mot. Que l’être humain soit dépassé par le bonheur, soit : il n’y a rien de douloureux dans ce constat, mais qu’il le soit par le malheur me force à contempler l’affliction possible de l’existence. J’admire ceux qui existent en dépit de leur inexistence, ceux qui vivent la terrible épreuve de surmonter le pire, souvent en souriant. Cependant, je sais que l’admiration n’est pas le terme approprié. Devrais-je plutôt dire immense respect? Ou curiosité? Parfois, j’ai du mal à savoir si leur courage tient davantage de l’inconscience que de la force, de la petitesse d’âme que de la grandeur. Après tout, il faut être sensible à ces choses pour en ressentir la pleine puissance. Mais de ces gens qui le font par courage, par force et par grandeur d’âme, je saurai reconnaître et dire, « voilà ceux qui porteront en silence le poids du monde sur leurs épaules et qui le feront avancer avec eux quoiqu’il leur en coûte. » Ce qui est encore plus impressionnant, c’est la capacité de ces gens à retourner leur veste, tantôt accablés de réalisme, tantôt ivres d’espoir et de fougue. Exister le long de cette frontière fragile, la frôler volontairement, provoquer le hasard, lutter avec tant de véhémence contre le fatalisme tout en ayant conscience que Dieu, s’il existe, joue parfois aux dés contre nous et nous contre lui.
Cette histoire muette, ce sont ces gens qui l’écrivent, ce sont eux qui empêchent les rouages sociaux de rouiller. Bien qu’ayant l’inébranlable sentiment que rien ne changera, ils s’évertuent à faire une différence. Parfois, la différence devient telle que les autres ne peuvent l’ignorer, et l’histoire muette gagne une voix. Ce n’est pas la reconnaissance qui les anime (ou les a animés), mais bien ce que certains appellent le feu sacré. Le feu seul n’a rien de sacré; c’est avec la conviction immuable qu’il le devient. La conviction en la raison de nos actes est ce qui nous permet de repousser nos limites et nous rapprocher un peu plus de ce qui nous dépasse, en trouvant son expression la plus criante dans les gestes qu’elle engendre.
Alors à tous ceux qui ont plus à cœur l’intérêt des autres que le leur, à tous ceux qui se battent pour des causes déjà perdues, je dis : vous les gagnerez. Un jour, nous les gagnerons.
L’espace d’un instant – des rêves se sont perdus dans la poussière d’étoile.
Un ciel trop grand et trop nu pour y cacher un dieu; c’est le portrait d’un monde que nul ne peut ignorer sinon qu’en fermant les yeux. Au creux de l’oreille se réfugient des prophéties anciennes qui voyagent entre les pages de l’Histoire.
Et un homme, aux mains invraisemblablement blanches, se retourne vers le coeur des siens; à défaut d’implorer un culte abscons, il leur tend la main pour qu’ils se relèvent.
Il n’y a rien d’étonnant dans la réécriture de la fatalité; la beauté devait bien se réfugier là où nul n’aurait pu l’anéantir définitivement.
Et de pleurer devant des mains si blanches, une humanité entière frissonne sous la même brise: celle de l’espoir qui naît du désespoir.
Peut-être que le vol est malhabile; devant celui qui tombe, la foule reste muette.
Et bien qu’il se redresse,
Il n’y en aura pas de facile, même mû par le souvenir des gestes et des paroles d’ivresse.
” Volez, Mademoiselle Liberté, ” soutenait une voix.
Mais si le poids du passé alourdit le fardeau des années,
Il y aura toujours Mademoiselle Liberté.
Même si la lucidité restera ce cadeau étrange
Dont il est impossible de se départir, pour le meilleur ou pour le pire,
La vie ne reste qu’un jeu auquel il est permis de mentir.
Nous dirons alors ”La terre est bleue comme une orange,”
Et inventerons toute la beauté du monde.
N’oubliez pas que la vérité de cache au creux des yeux de celui qui regarde;
Non pas dans les certitudes du troupeau.
Vous seule en doutez encore, si bien que votre envol tard; même blessées, vos ailes demeurent force et puissance.
C’est pourquoi je sais que cet envol, lorsqu’il se produira, n’en sera que plus beau.
Tu as pris cette odeur de brûlé
Bien au creux de ta main
Tu as refermé ta grande paume
Sur cette petite mort
Tu as regardé ces cheveux
Là, juste au-dessus de ton front
Et quand tu fermes les yeux
Ils te frôlent les paupières
Cache ton jeu
Si perdre t’es égal
Ça ne suffit toujours pas
Pour effacer l’amertume
Tu as regardé ces larmes
Là, juste sous tes cils
Et quand tu fermes les yeux
Elles te frôlent les joues
Après tout
Ce n’est qu’un miroir
Parmi les autres
Détourne ton regard
Tu respires lentement
Là, dehors sans foulard
Et quand tu fermes les yeux
Des aurores boréales frôlent ton cœur
Alors bon, ça ira.
Ça ira.
Il y a quelque chose d’ésotérique
dans les recommencements
(et dans leur caractère si unique).
Une chose mystérieuse, inattendue qui
souffle sur son passage les anticipations.
Comme le ferait innocemment un enfant
avec ses bougies d’anniversaires.
“Que cela dure!“)
Cette grâce temporaire de
l’innocence qui ne peut se
méfier de la vie.
Il ne reste trop peu de sursis en banque
pour que les habitudes se sédimentent.
‘cause it was not said to you.
Adele, Chasing Pavements
Dans Néo-Luxes, j’avais écrit qu’être « fidèle à soi-même avant tout, agir à la hauteur de ses convictions, et ce quelles qu’elles soient: c’est d’être toujours plus digne que celui qui suit la morale des autres. » Il m’est étrange de constater avoir écrit une phrase de la sorte auparavant, car j’ai l’impression de n’avoir réalisé que très récemment sa signification réelle. Il serait hypocrite de dire que j’ai chassé tout doute de mon esprit, mais je renoue lentement avec l’intime conviction d’être pleinement ce que je suis. Encore plus, ceci malgré toute la vulnérabilité et parfois même la honte que cela entraîne.
Bien qu’ayant laissé derrière moi armes et armures face aux peurs qui m’apparaissaient insurmontables, je constate que ma lutte contre ces dernières n’en est que plus efficace. J’ai certes songé faire la paix avec mes fantômes, tous ceux que j’ai connus et qui ne sont plus. Mais je ne peux pardonner si je n’ai pas de rancune, tout comme je ne peux ignorer ces cicatrices qui témoignent du passé. Je ne sacrifierai pas ma dignité pour des gens qui ont, par le passé, décidé volontairement d’abdiquer la leur. S’il s’agit de choisir entre la fidélité envers soi-même et celle envers des espoirs nostalgiques, le choix s’impose de lui-même. Je prévoyais soutenir ce raisonnement de façon plus exhaustive, mais il y a toujours mieux à faire que de se justifier dans ce qui nous apparaît comme une évidence.
Si je n’expose ici que ma vision des faits, c’est parce qu’elle est bien la seule dont je puisse parler en tout connaissance de cause. J’ai appris cependant qu’elle n’a rien d’exceptionnel, dans l’espoir et surtout dans le désespoir : tout le monde a ses propres fins du monde. Mort prématurée de l’enfance, séparations amères, amitiés brisées, blessures narcissiques… tant de choses qui ouvrent une boîte de Pandore et qu’une personne pourra tenter de refermer durant une vie entière. C’est en fait là un point commun partagé par chacun de nous bien plus qu’il nous plaît généralement de l’admettre. Mais plutôt que d’y voir un signe terrible de la vacuité existentielle, j’y vois une preuve de la force incroyable qui nous anime tous. Après tout, ne sommes-nous pas tous en vie, avec une partie de nous qui tente tant bien que mal de contenir cette boîte de Pandore?
Il ne suffit que d’un peu d’observation pour voir ces mondes parallèles peuplés de fantômes qui suivent invariablement les gens que l’on croise dans notre vie, ces passés pesant sur leurs épaules, mêmes lorsqu’ils haussent celles-ci. Oui, de hausser les épaules malgré ce poids, n’est-ce pas admirable? C’est ce que j’entends par force. Une force tranquille qui, nonchalamment, fait passer les heures et puis les secondes dans ce monde dont nous ignorons encore l’ampleur de sa cruauté et de sa bienveillance. Dans ce monde qui nous est insaisissable, inconnu et parfois même étranger. Dans ce monde dans lequel nous n’avons pas choisi de naître, mais dans lequel nous choisissons de rester. Et ce choix, que l’on fait à chaque inspiration, restera toujours une victoire de l’humanité.