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Sans faire de bruit
27 novembre 2009, 8:31
Classé dans : Existence, Poésie

Alors comment dire l’invention du vide

De ces forteresses de poussière bâties sur ces mondes parallèles
qui se côtoient tels les gratte-ciels d’une ville trop grande pour ne pas étouffer de son ambition

Alors comment dire les vivants qui se meurent davantage de vivre que de mourir

De ces empires éteints régnant sur ces paysages désolés entre les vallées
qui ne sont que les sommets de dieux déserteurs

Alors comment dire les histoires trop effrayantes pour chasser les petits au lit le soir

De ces affranchis enchaînés par ces apocalypses
qui multiplient les possibles par la seule construction permise après les ravages

Alors comme dire l’angoisse existentielle naissant hors de l’existence

De ces paris perdus le long de ces lits de rivières desséchées
qui pleurent de leur propre mort éphémère

Alors comment dire les silences des déceptions hurlantes

De ces moissons espérées sur ces champs de terre brûlée et de sang
qui sont stériles d’attendre la pluie et les os

Alors comment dire les raisons dérisoires inventées pour soutenir les yeux accusateurs

De ces enfants-soldats tués aux fronts de ces guerres de pacifisme
qui consolent les âmes d’hommes déjà morts

Alors comment dire le soulagement de l’exil à ceux qui restent pour fixer l’impasse

De ces oiseaux migrant vers ces littoraux encore plus hostiles
que la mer dans laquelle l’immensité se perd

***

Tant de paysages dont l’on ne s’explique pas l’existence tant de tableaux peints à même les affres de la terre qui nous voit faire ce que l’on fait

Difficile à prouver la réalité des choses irréelles difficile de tolérer l’absurdité de l’abstraction prenant le pas sur le vrai

Il ne faut pas confondre persévérer et s’acharner il ne faut pas confondre l’issue selon la défaite ou la victoire

Mais voilà que je parle trop fort, que je ris trop bruyamment, que je vis trop vivement pour cette longue saison de silence.



Coup de gueule
19 novembre 2009, 9:34
Classé dans : Écrits
[ Il faut croire que l'on ne choisit pas les moments auxquels on écrit, puisque nous ne sommes que le 19. Vivement cette semaine qui n'en finit pas de finir. ]

Il n’existe pas de promesse d’avenir radieux
Pas plus qu’il n’existe de dieu;
Bien que l’hérésie ne rende pas plus heureux
Comment un jour irons-nous mieux

Et les faux prophètes s’en donnent à cœur joie chaque fois
De tracer un nouveau chemin de croix;
Mais même pour quelque doctrine ou pour quelque roi
On ne peut mourir que pour soi

***

Puisqu’à présent il en faut peu pour atteindre le paradis du ciel
Depuis qu’il s’est avéré lui aussi pouvoir être artificiel
Tout comme la lumière qu’une étincelle
Qui s’évanouit avant de guider ceux qui chancellent

***

Pourquoi donc l’on se bat
Pour une éternité qui ne durera pas
N’est-ce pas absurde de se mettre dans tous ces états
Si un tien vaut mieux que deux tu l’auras

Mais si même de la possession naît l’insatisfaction
Nous ne trouverons sûrement pas la solution
Dans les contrefaçons
D’un bonheur à la con

***

Lorsque l’insignifiance des jours est criante
Les histoires que l’on s’invente sont contre elle impuissantes
Et le sens caché des évènements une illusion mystifiante
L’élévation de la descente

***

Depuis cette constante indexation des prix
Tout se paie dans la vie
La justice et l’espoir aussi
Sans compter les efforts que l’on n’y a pas encore mis

La modernité effraie
Après tout qu’est-ce qu’on en sait
Bien trop peu pour y vivre en paix
Déjà assez des horreurs que l’on tait.



Mur de plâtre
14 novembre 2009, 2:06
Classé dans : Poésie, Écrits

[ Je ne compte rien écrire ici de nouveau avant le 20, mais voici un fond de tiroir pour le moment. ]

Mur de plâtre
Y vois-tu le reflet de ta carrure
Dans la pleine frontière
Entre le foyer de tes cendres
Et leur chaleur encore luminescente
Prend ton cœur, combustible
Cautérise ta morale; tes principes; tes présupposés
Marche sur la braise
Sois ton messie; ta brebis
Prophète en nul pays
Ta demeure est partout
Marche, marche, plâtre.

Désagrège-toi en ignorant ta fin
Poussière, quand tes exhortations
Seront révélées vaines enfin finalement pour finir
En le chuchotement lyrique
D’un paon qui se prenait pour un phénix
Mettant feu à sa parure

La traversée du désert
N’est que cristaux éphémères



Re(con)naissance
4 novembre 2009, 5:17
Classé dans : Écrits
Personne ne veut être le con de quelqu’un d’autre. La méfiance, la honte d’être pris en flagrant délit d’erreur, le sentiment d’avoir été floué et la peur du jugement d’autrui n’en sont-ils pas des conséquences directes? Toutes ces remises en question contrarient notre bonheur et notre conception de son accessibilité. Pour se soustraire à ce regard externe, certains se replient sur eux-mêmes dans l’utopique pensée qu’ils y sont soustraits également à la critique. Pourtant, ce raisonnement n’est pas tout à fait exact : ne sommes-nous pas nos juges les plus critiques? Notre implacable connaissance de nous-mêmes et de nos faiblesses devient une arme qui nous détruit à long terme davantage que les cruautés infligées par la vie extérieure. En effet, la vie extérieure évolue linéairement dans le temps, contrairement au cercle vicieux d’autocritique.

Mais ce fait seul ne constitue pas en soit une motivation particulière pour autant d’aller vers l’extérieur, puisque chaque évènement est effectivement susceptible de confirmer les jugements défavorables que nous portons à notre propre égard. Toutefois, ce n’est pas tout à fait le cas. Si nous nous exposons au monde en révélant notre nature profonde, si nous nous laissons aller dans la sincérité, nous n’exposerons pas uniquement nos défauts : nous exposerons également nos qualités. Grâce à ces dernières, nous recevrons reconnaissance, estime et affection, trois excellentes réfutations contre la médiocre appréciation de nous-mêmes qui nous paralyse dans nos moments les plus difficiles.

Certes, il faut savoir si les circonstances s’avèrent favorables à une telle exposition, c’est-à-dire si la qualité des gens qui nous entourent est suffisamment bonne pour ne pas nous entraîner dans le désagréable concours de « qui le premier fera de l’autre son con ». Toujours guidés par cette petite insécurité qui crée la méfiance d’autrui, nous réajustons sans cesse notre comportement en fonction de notre interlocuteur. Il peut cependant arriver que notre analyse se révèle erronée et qu’à un moment ou à un autre, même en ayant pris nos plus grandes précautions, cet autre nous renvoie l’image d’être « devenu con ». Plus humiliant encore, d’être devenu « son con » puisqu’il nous a bien berné durant l’établissement d’une relation de confiance. À cet instant, deux choix s’offrent à nous : revenir aux sources de l’intériorité et refuser la confrontation ou bien réagir et extérioriser le pouvoir de sa volonté.

Car oui, nous voici retombés dans le jeu de « ne pas devenir le con de quelqu’un d’autre », raisonnement initial de toute l’affaire. Si ce petit goût amer d’humiliation nous annonce notre défaite, il ne faudrait pas se laisser décourager par si peu. Perdre une bataille, comme dirait l’autre, ce n’est pas perdre la guerre. Nous pouvons apprendre beaucoup plus de nos faiblesses que le vainqueur de sa position de force. Parfois, il ne s’agit que d’un léger détail ou d’une pensée négative sous-jacente à éliminer pour égaler l’adversaire, sinon le dépasser. C’est alors que l’intériorisation devient la conséquence la plus nocive de la défaite, rendant alors impossible un retournement de la situation. Si nous n’osons pas, comment espérer? Et si nous n’espérons pas, comment oser?

Il vient toujours un moment où nous triomphons, dans un avenir proche ou lointain. À ce moment, la force de caractère acquise nous permettra de réaliser que l’autre ne nous prenait non pas pour un con, mais luttait maladroitement pour ne pas devenir « notre con ». Pour des raisons que nous ignorerons peut-être, ce dernier se sentait menacé par ce que nous représentions pour lui. Tout cela ne fera que confirmer que nous aurons fait le bon choix, soit celui de continuer à prendre le parti de la sincérité. Cette sincérité qui entre temps ne cesse pas pour autant de mettre nos qualités à profit. Alors, c’est quoi le plus con dans toute cette histoire? De refuser d’être temporairement con ou d’accepter que ces sentiments humains sont nécessaires à notre évolution?



L’homme est un animal bipède
31 octobre 2009, 7:11
Classé dans : Écrits
[Je viens de terminer un texte à l'intention de ce blogue, mais je crois qu'il fera un éditorial approprié pour le prochain numéro du journal étudiant. Je le posterai donc ici seulement une fois que le journal publié. Je reposte cependant quelque chose que j'avais écris aux débuts de ce blogue, qui me semble encore vrai. Qu'il s'agisse de création ou de choix de vie.]

ATTENTION:

Il ne faut jamais la relâcher. Dans la nature, elle court, s’emporte. Certes, plaisamment, mais la violence de sa chute est proportionnelle à la vitesse de sa course. Il faut l’entraîner, la dompter, la dresser, en faire un objet de prestige. Mais il ne faut pas se leurrer, cela demande beaucoup de travail et de persévérance. Lire, écrire, écrire, lire mais surtout VOIR. Il ne suffit pas d’avaler les lettres comme un ivrogne assoiffé, il faut les apprécier, les comprendre, les SENTIR. Il faut être sensible aux drames inopinés, aux tragédies inoffensives.

Aussi absurde que cela paraisse, nous pouvons apprendre l’instinct. Nous l’oublions souvent, le mettons de côté, mais si nous apprenons à l’écouter, nous saurons lorsqu’il nous ment. Et voilà, l’instinct honnête, lorsqu’il est cerné, facilite grandement les gênes quotidiennes. C’est un travail qui n’est jamais terminé.



Pluie de feuilles (ou l’échec du capitalisme)
24 octobre 2009, 4:13
Classé dans : Avec chanson, Écrits
[D'après ce que j'ai cru comprendre à l'écoute d'autres chansons de la même artiste, le "You" de la chanson devrait pendre une majuscule. Dans l'incertitude, je n'ai pas corrigé la chose. Mais si c'était le cas, il y aurait un parallèle intéressant à établir entre le choc qu'un croyant peut ressentir lorsqu'on le dépouille de sa foi et celui de l'homme d'affaire qui se rend compte de l'absurdité du système économique actuel lorsque l'argent virtuel, la bourse et les spéculations deviennent soudainement une abstraction menaçant de lui retirer ce en quoi il a investi sa vie.]

Around here, it’s the hardest time of year
Waking up, the days are even gone
The collar of my coat
Lord help me, cannot help the cold
The rain drops sting my eyes
I keep them closed.

L’absurdité de Camus, le surhomme de Nietzsche, la confiance d’Emerson et la solitude de Rilke. Et chaque fois, comme un verre de travers dans la gorge de l’humanité. Ces philosophes ont tenté d’expliquer l’inexplicable, de soutenir l’insoutenable, puisque tous deux existent et qu’il vaut mieux se faire une raison (au minimum). Aujourd’hui, s’ils ont traversé l’impitoyable épreuve du temps, c’est parce qu’ils ont réussi à argumenter temporairement au sujet d’un débat intemporel : pourquoi?

But I’m feelin’ no pain
I’m a little lonely and my quietest friend
Have I the moonlight? Have I let you in?

Say it aint so, say I’m happy again

Pourquoi vivre, ou puisque nous n’avons jamais eu le choix de naître, pourquoi continuer à vivre? C’est vrai; quiconque qui s’attèlera à observer minutieusement les rouages de la vie y trouvera mille et une défectuosités, non-sens et autres preuves que l’humain ne sera jamais totalement adapté ni à son milieu naturel, ni même à celui qu’il construit de ses propres mains. Et que de surcroît, jamais totalement adapté à lui-même, ou plutôt devrais-je dire à son insatisfaction. L’erratique spirale de nos sociétés, aujourd’hui monstres modernes aux mains lestes qui distribuent la nourriture si impartialement, n’est que le reflet d’une insatiable recherche d’adaptation.

Say it’s over
Say I’m dreaming, say I’m better than you left me
Say you’re sorry, I can take it
Say you’ll wait, say you won’t
Say you love me, say you don’t
I can make my own mistakes
Let it bend before it breaks

Ce sentiment généralisé d’accablement, cette colère sourde contre une injustice que nous avons créée et qui nous dépasse à présent, voilà des conséquences directes de l’échec du capitalisme tel que nous le connaissons. Longtemps l’homme a pensé en fonction de sa propre survie, de ses besoins et peut-être dans un cadre légèrement élargi (mais pas moins égoïste), en fonction des besoins de la tribu qui lui permettait de vivre. Ce système s’est insidieusement intégré à notre nature, puisqu’il fonctionnait si bien avant la mondialisation. Hélas, à présent nous sommes devant un cul-de-sac doublé d’un point de non-retour, c’est-à-dire ce moment où autrui bénéficie davantage des choses que nous faisons spécifiquement pour nous-mêmes.

I’m alright, don’t I seem to be?
Aren’t I swinging on the stars? Don’t I wear them on my sleeve?
Went looking for a crossroads, it happens everyday
And whichever way you turn, I’m gonna turn the other way

Demandez au travailleur (qui enrichit son patron, qui enrichit les multinationales, qui enrichissent le gouvernement et qui s’enrichit trop peu lui-même), si la satisfaction d’accomplir sa tâche pour sa beauté intrinsèque se noie sous l’amertume d’en avoir été dépouillé? Il y a fort à parier que l’absurdité de Camus, le surhomme de Nietzsche, la confiance d’Emerson et la solitude de Rilke se dévoileront doucement au-dessus ses épaules courbées, et vous y verrez le poids des raisons que l’homme a trouvées pour expliquer l’inexplicable, soutenir l’insoutenable, et y puiser une réponse à pourquoi la vie. Néanmoins, une constatation actuelle s’impose, soit celle de l’accablement contagieux.

Say it’s over
Say I’m dreaming, say I’m better than you left me
Say you’re sorry, I can take it
Say you’ll wait, say you won’t
Say you love me, say you don’t
I can make my own mistakes
Let it bend before it breaks

Et que pouvons-nous faire? Inutile d’envisager revenir en arrière, car même si c’était possible, le contexte actuel ne s’y prêterait pas. Tout conservatisme est inadapté aux nouvelles données socioéconomiques et politiques. La réponse est très simple et très compliquée : changer. Pas besoin de creuser bien loin pour comprendre la popularité du slogan électoral d’Obama, « Yes We Can ». Il fait appel à l’innovation, à la naïveté salvatrice qui permet de se dire « pourquoi pas » et d’essayer ce que l’on ose parfois même pas se permettre quand tout va bien : espérer. Et participer à la mobilisation que nécessite chaque révolution.

Brandi Carlile, Before It Breaks




Histoire de bas de page (suite)
20 octobre 2009, 9:01
Classé dans : Écrits
[ J'avais écrit cette note il y a un peu plus d'un an, et comme toujours je suis confondue par ces textes qui libérés de leurs circonstances d'écriture, peuvent être recontextualisés à bon entendant. Je parlais de cette "intemporalité" de l'émotion ici, et cette idée s'en trouve renforcée. Mais j'y parlais aussi d'évolution, et voilà. Je vous donne donc des brèves nouvelles de cet homme-là, parce que son histoire m'est revenue en tête. Une conclusion toute simple et très courte à une histoire simple et très courte, mais à la fois compliquée et très longue...

Ah, et une petite digression: je me souviens d'un texte suintant la mélancolie et la tristesse, émotions que l'on avait projetées sur moi à l'époque. Je m'explique mal cette confusion narrateur/auteur/créateur. Si l'imaginaire représente dans une certaine mesure l'univers de son propriétaire, il n'en est pas le reflet absolu et figé dans le temps. Car s'il fallait se limiter à notre propre personne, à nos émotions présentes, cela reviendrait à emprisonner une muse entre quatre murs sous prétexte qu'elle se doit d'être devant nos yeux pour être utile. Pourtant, le souvenir et la remémoration, tout comme le rêve et la fabulation, sont en soit de puissantes forces créatrices. D'ailleurs, que vaudrait l'art s'il était soumis à la dictature du présent? N'est-ce pas sa fonction-même, de nous en sortir pour nous permettre d'y vivre, mieux peut-être? Bon, la digression se fait longue, je ne vous ennuie pas plus longtemps! ]


lost room, de Piotr Rosinski

S’il y avait une chose qui lui suffisait, dans la vie, c’était les certitudes. La certitude que l’avenir lui était bon, entre autres. Ce n’était pas un homme très exigeant, donc. Il pouvait traverser des années de doutes avec une seule certitude, celle d’aimer, par exemple (car d’être aimé ne peut en être une). Le grand drame de cet homme-là, ce fut d’avoir la certitude d’aimer cette femme-là. La certitude d’aimer, ça se colle à nous quoique l’on y fasse, quoique l’on veuille. Rarement planifiée, ou alors toujours à contretemps. Ça lui était arrivé comme un accident, comme une petite écharde dans le cœur qui grossit. Mais encore, c’était une certitude qui avait son lot de bons côtés, qui lui procurait également la certitude d’être capable d’amour. Le grand drame de cet homme-là, ce fut d’avoir la certitude d’aimer cette femme-là et celle de ne pas être aimé de cette femme-là (car ne pas être aimé peut en être une), surtout.

À présent, le voilà habité d’une certitude unique et nouvelle: la certitude que tout est toujours possible. Et la certitude des possibilités – encore infinies – lui fait affirmer sincèrement que tout ira bien, que tout ira pour le mieux. La fin heureuse peut donc attendre.



De retour pour de bon
17 octobre 2009, 12:45
Classé dans : Espoir, Existence, Poésie, Écrits
[ Un «bref» poème écrit à gauche et à droite depuis un petit bout de temps, pour confirmer, comme le titre le dit si originalement (mais c'est le titre du poème de l'extrait, juste un hasard comme un autre), que je suis de retour pour de bon. J'écris, j'écris! Et pour le mieux, d'ailleurs. Remarquez à quel point je m'efforce de terminer mes écrits sur une note positive, alors que j'en étais incapable il y a un an. Sur ce, à très bientôt! ]

Vivre avec la sourde et irrationnelle crainte
De se trouver un jour sans prévenir au creux du cœur une colère
Qui se déplie sous nos yeux comme des draps froissés
Et repasser dans sa tête le cours des évènements
Sans comprendre

Vivre dans la constante attente
De briser un jour sans prévenir sous le poids des années
Qui ont rongé nos convictions les plus intimes
Et de se demander qui l’on est vraiment
Sans savoir

Vivre dans l’anxieuse fébrilité
De cette incertitude constante à laquelle on s’est accoutumés
Qui sans prévenir talonne chacun de nos pas
Et de chercher des points d’ancrage
Puis perdre pied.

Pourtant malgré les avertissements de cette conscience
Nous finirons tous un jour par faire la sourde oreille
Mais elle aura gain de cause; je n’en douterai plus
Ce ne sont pas des menaces en l’air
Je l’apprends, je l’apprends

Pourtant la curiosité des limites est plus forte
Nous finirons tous par les franchir; je n’oserai m’en excuser
Mais je témoignerai de ma bonne foi du moins
Ce n’était pas mon intention première
J’en reviens, j’en reviens

Pourtant la vie triomphe toujours chez les vivants
Nous finirons tous un jour par mourir
Mais en attendant vaut mieux en rire
Ce n’est pas comme si le futur était déjà écrit
Je n’ai pas encore perdu le goût des paris.



Rouler à reculons
3 octobre 2009, 6:13
Classé dans : Avec chanson, Écrits
I used to rule the world
Seas would rise when I gave the word
Now in the morning I sweep alone
Sweep the streets I used to own

Cela fait déjà huit ans, huit bonnes années à accumuler les allers-retours entre deux minuscules points sur la carte du monde. Et pourtant, mine de rien, j’ai parcouru des années-lumière sur la carte de ma vie. Dans ces wagons, j’aurai souri, pleuré, étudié, ri, espéré, dormi, laissé l’amour naître, laissé l’amour mourir. Ces deux simples rails de chemin de fer m’en auront fait voir de toutes les couleurs, ne serait-ce qu’en filant à toute allure.

I used to roll the dice
Feel the fear in my enemy’s eyes
Listen as the crowd would sing:
“Now the old king is dead! Long live the king!”

Je me souviens de ces premiers trajets en train, où il m’enchantait de croire que lorsque l’on vieillit, l’autonomie gagnée nous libère de toutes les contraintes de l’enfance et nous ouvre les portes d’histoires formidables et d’épopées fantastiques, toutes ces joies et ce dans le doux confort des certitudes adultes. Inutile de dire que le peu de maturité que j’ai acquis depuis me force à admettre avoir omis un détail essentiel de l’autonomie, soit les responsabilités résultant de l’exercice-même de celle-ci. Lorsque tout va bien, ces responsabilités ne semblent qu’un prix dérisoire à payer pour accéder à ces joies bonifiées par la conscience de leur préciosité. Cependant, lorsque les choses vont moins bien, les responsabilités apparaissent de véritables pièges qui nous étouffent dans une spirale d’insatisfaction.

One minute I held the key
Next the walls were closed on me
And I discovered that my castles stand
Upon pillars of salt and pillars of sand

Mais heureusement, à l’image du train qui me transporte si assidûment, le temps s’écoule linéairement, imperturbable au chaos intérieur de ses passagers. Et n’est-ce pas en fait l’objet secret de la quête du bonheur, soit d’acquérir la quiétude du voyageur se savant mené à bonne destination sans embarras? C’est d’ailleurs l’une des raisons qui me font pencher en faveur des transports en commun, aussi incommodants peuvent-ils être. J’évoquais dernièrement la beauté de l’inutile : que faisons-nous en transport en commun sinon qu’exister transitoirement, le temps (et l’espace) d’arriver ailleurs, où nous recommencerons à exister activement?

I hear Jerusalem bells a ringing
Roman Cavalry choirs are singing
Be my mirror my sword and shield
My missionaries in a foreign field
For some reason I can’t explain
Once you go there was never, never an honest word
That was when I ruled the world

Alors ces sourires, ces pleurs, ces études, ces rires, ces espoirs, ces sommeils, ces amours naissant et ces amours mourants sur ces deux rails, ont-ils jamais existés? Pour moi, ils appartiennent à une réalité bien distincte de celle du quotidien et se trouvent en suspension entre Parc et Bois-de-Boulogne, Bois-de-Boulogne et Vimont, Vimont et Sainte-Rose, et ainsi de suite. Même si à présent c’est entre Parc et Chabanel, Chabanel et De La Concorde, De La Concorde et Sainte-Rose, et ainsi de suite, rien n’a changé. Ces souvenirs marqueront toujours davantage ma mémoire que la disparition ou la construction de nouvelles gares; ils resteront toujours des arrêts obligatoires à chacun de mes trajets.

It was the wicked and wild wind
Blew down the doors to let me in.
Shattered windows and the sound of drums
People couldn’t believe what I’d become

Aussi idiot que cela puisse paraître, ce trajet fait partie des rares constantes de mes dernières années. Il me plaît de penser qu’il a tempéré ma peur du changement et de l’inconnu ne serait-ce que par les moments de réflexion qu’il m’a imposés, même si les années écoulées depuis expliquent probablement mieux ce changement. J’avais déjà écrit : « Ma vie se doit d’être un roman. Si je ne la vis pas, je dois la vivre sur papier. Il faut que je rattrape le rêve; j’y compte bien. Attention, vivre sa vie romanesquement n’exige pas agitation physique, l’esprit suffit souvent. Il s’agit de rendre chaque geste un mot, une phrase avec un peu de chance, un instant unique et si commun.» Preuve que même après huit ans, cette incorrigible propension romantiquement philosophique (ou simplement romantique, puisque je projette autant d’émotions sur un simple véhicule de métal et de fumée) n’est pas disparue. Elle s’est simplement transformée en quelque chose de plus concret, dans la mesure du possible.

Revolutionaries wait
For my head on a silver plate
Just a puppet on a lonely string
Oh who would ever want to be king?

Tout cela pour dire que tant qu’il y aura des trains qui nous permettront d’avancer et même de revenir en arrière, je lutterai contre ma peur de l’irrévocable. J’accepterai les responsabilités même si parfois les joies espérées ne se trouvent pas au prochain arrêt, en ayant confiance qu’ils y seront aux suivants. Et si en bout de ligne, il me faudra emprunter la direction inverse pour recommencer à nouveau, je le ferai.

Coldplay, Viva la Vida


Finale
26 septembre 2009, 1:10
Classé dans : Écrits
[ Il y a une chanson, qui a longtemps eu une grande signification dans ma vie sentimentale, à partir de laquelle je voulais écrire un texte. Après maintes tentatives, dont l'une qui a mené à un beau texte - du moins je l'imagine - qui n'avait aucun lien avec la chanson, j'ai enfin réussi à écrire un texte fidèle à mon projet initial. Maaais je ne suis pas encore entièrement satisfaite, donc je n'en mets qu'un petit extrait ici.]

La beauté de l’inutile est grande dit-on, ainsi en va-t-il de même pour la satisfaction que l’on retire d’un acte d’amour. C’est ici que le pardon prend tout son sens : en nous libérant de cette nécessité d’aimer. Qu’est-ce, la nécessité d’aimer? C’est d’aimer pour ne point haïr. Mais si nous nous libérons de cette nécessité par le pardon, l’amour tire grandeur de son inutilité. Le préjugé négatif qu’entretient notre société envers l’inutile cause ce cynisme qui refuse l’idée que l’on puisse « vivre d’amour et d’eau fraîche ». Mais pourtant, l’esprit, lorsqu’il est pur et intègre, peut porter à lui seul la vie entière d’un être sans trembler, sans faillir, sans douter.