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POÈME POUR UN DIMANCHE PERDU (La Traversée du réel, Michel Leclerc)
Je suis resté devant les grands théâtres
j’arrive de si loin
de mon enfance vêtue de sol
je parle encore sans le savoir
de mon âge laborieux et triste
il n’y a pas de sommeil là où je murmure
en vous écoutant rire
le silence est tombé ce matin
je n’ai vu que vos corps obscurément blancs
dans les urnes de pain
et vos amours grimées qui se lamentent
sans ferveur
il y a tant de bruits dans vos larmes aphones
tellement de honte sur vos cils d’acier
laissez-moi dormir au fond de mon livre
d’autres que moi maintenant vous entendent
dans cette épouvantable fixité de racine
je vous le jure
vos soupirs en poussières d’effigies sonores
et votre pâle solitude ensorcellent la terre
j’arrive de si loin que je vous vois toujours.
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