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Lettre ouverte
12 octobre 2008, 2:08
Classé dans : (à souligner), Espoir, Existence, Écrits
If I tell the world, I’ll never say enough
‘cause it was not said to you.

Adele, Chasing Pavements

Dans Néo-Luxes, j’avais écrit qu’être « fidèle à soi-même avant tout, agir à la hauteur de ses convictions, et ce quelles qu’elles soient: c’est d’être toujours plus digne que celui qui suit la morale des autres. » Il m’est étrange de constater avoir écrit une phrase de la sorte auparavant, car j’ai l’impression de n’avoir réalisé que très récemment sa signification réelle. Il serait hypocrite de dire que j’ai chassé tout doute de mon esprit, mais je renoue lentement avec l’intime conviction d’être pleinement ce que je suis. Encore plus, ceci malgré toute la vulnérabilité et parfois même la honte que cela entraîne.

Bien qu’ayant laissé derrière moi armes et armures face aux peurs qui m’apparaissaient insurmontables, je constate que ma lutte contre ces dernières n’en est que plus efficace. J’ai certes songé faire la paix avec mes fantômes, tous ceux que j’ai connus et qui ne sont plus. Mais je ne peux pardonner si je n’ai pas de rancune, tout comme je ne peux ignorer ces cicatrices qui témoignent du passé. Je ne sacrifierai pas ma dignité pour des gens qui ont, par le passé, décidé volontairement d’abdiquer la leur. S’il s’agit de choisir entre la fidélité envers soi-même et celle envers des espoirs nostalgiques, le choix s’impose de lui-même. Je prévoyais soutenir ce raisonnement de façon plus exhaustive, mais il y a toujours mieux à faire que de se justifier dans ce qui nous apparaît comme une évidence.

Si je n’expose ici que ma vision des faits, c’est parce qu’elle est bien la seule dont je puisse parler en tout connaissance de cause. J’ai appris cependant qu’elle n’a rien d’exceptionnel, dans l’espoir et surtout dans le désespoir : tout le monde a ses propres fins du monde. Mort prématurée de l’enfance, séparations amères, amitiés brisées, blessures narcissiques… tant de choses qui ouvrent une boîte de Pandore et qu’une personne pourra tenter de refermer durant une vie entière. C’est en fait là un point commun partagé par chacun de nous bien plus qu’il nous plaît généralement de l’admettre. Mais plutôt que d’y voir un signe terrible de la vacuité existentielle, j’y vois une preuve de la force incroyable qui nous anime tous. Après tout, ne sommes-nous pas tous en vie, avec une partie de nous qui tente tant bien que mal de contenir cette boîte de Pandore?

Il ne suffit que d’un peu d’observation pour voir ces mondes parallèles peuplés de fantômes qui suivent invariablement les gens que l’on croise dans notre vie, ces passés pesant sur leurs épaules, mêmes lorsqu’ils haussent celles-ci. Oui, de hausser les épaules malgré ce poids, n’est-ce pas admirable? C’est ce que j’entends par force. Une force tranquille qui, nonchalamment, fait passer les heures et puis les secondes dans ce monde dont nous ignorons encore l’ampleur de sa cruauté et de sa bienveillance. Dans ce monde qui nous est insaisissable, inconnu et parfois même étranger. Dans ce monde dans lequel nous n’avons pas choisi de naître, mais dans lequel nous choisissons de rester. Et ce choix, que l’on fait à chaque inspiration, restera toujours une victoire de l’humanité.


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