The dreamers get punished most by truth
They say it’s all in a little ways
One reveals their love’s gone away,
Love’s gone away
Nous marchons sur de fins parquets étroits construits de fragiles certitudes, et il ne suffit que d’un pas brusque pour provoquer sous nos pieds un néant d’incompréhension. Dès le cordon ombilical, l’être humain avance dans la vie comme un funambule, parfois irrémédiablement suspendu au dessus du vide sans point d’appui sécuritaire. Entre en jeu la technique que l’on enseigne aux petits enfants pour marcher bien droit : regarder bien droit devant. Peu importe ce point, même s’il n’est que fictif, ne pas le perdre de vue. Fixer l’horizon, y voir quelque chose qui n’y apparaît pas encore, et garder l’équilibre, le menton haut.
My heart was pure
Now I see a different man
Rewriting memories
The dogs run down the beach
And all I’m left with
Is sand in my shoes,
Sand in my shoes
Parfois, certaines personnes nous tendent des perches. Famille, amis, connaissances, heureux hasards, vaut mieux prendre ses perches lorsqu’elles sont présentes. Et quand elles se retirent, il faut recommencer à fixer ce point imaginaire et ne pas se laisser déconcentrer par les questionnements inutiles et surtout, antécédents à une future chute. Surtout quand ces mêmes personnes semblent nous tirer vers le vide, nous y précipiter tête première. La rancune est vaine : nous sommes tous un peu égoïstes, et nous avons toujours la malheureuse volonté de vouloir entraîner les autres avec nous, par peur de la solitude. C’est étrange mais naturel, c’est pourquoi il ne faut pas tenir rigueur pour ce genre de réflexe.
We love blindly
And the cracks don’t count
It’s gotta break in front of me
Et puis, qu’importe, les questions apparaissent souvent être une dépense d’énergie superflue qui fait chanceler le funambule. Lorsque l’on fonce, lorsque l’on avance, il ne faut pas se poser de questions. Il ne faut pas se demander si le point que l’on fixe est le bon, s’il ne serait pas plutôt préférable de fixer l’autre point à côté. Surtout pas, surtout pas quand les perches ont disparu. Il faut seulement garder l’équilibre. C’est tout ce qui compte, quand les perches disparaissent.
The thunderstorm outside
Words you could never say,
They hold the loudest tones
You say you’ll write
But it’s ink on a page,
Just ink on a page
Autre possibilité : les fils deviennent si nombreux qu’ils forment une toile d’araignée, labyrinthe insoupçonné et menaçant. Cela nous apparaît en premier temps un piège et nous avons le réflexe de rester sur le fil actuel, dû au confort de l’habitude. Vient le jour où nous outrepassons notre erreur initiale, après l’avoir fait maintes fois, et la logique fautive du raisonnement devient brutalement évidente. Car loin d’être un piège, cette toile est l’occasion unique de changer de voie et de diriger nos pas dans l’orientation de notre choix. Les ramifications sont en fait de nouveaux cordons ombilicaux qui apportent à nous des forces nouvelles, l’occasion de renaître ailleurs.
Distant look grows in your eye
But fools never ask
Afraid of what lurks in your mind
I always knew, somehow, always knew
I always knew the truth
Avec une aisance étonnante, nous finissons par emprunter un de ces chemins inusités qui nous amènera à un endroit tout aussi surprenant. Fixant toujours ce point à l’horizon pour ne pas tomber, nous constatons que l’horizon change, et avec un peu de chance, que le soleil s’y lève. Et finalement, avec la confiance acquise, nous regardons le vide sous nos pieds pour réaliser que lentement un nouveau parquet s’est construit. Des certitudes bien solides se sont bâties sous nous, parce que force est de constater que nous avons grandi et que le poids du temps a grandi avec nous. Prendre un élan pour accélérer la vitesse apparaît alors si simple du moment où nous savons pertinemment que ces fondations solides ne s’effondreront pas.
We never see
Cause the cracks don’t count
It’s gotta break in front of me
And it’s breaking,
It’s breaking,
It’s breaking
It’s gotta break for me to see
C’est ainsi que la vie est faite : de développement et de croissance. D’une forme minuscule et abstraite émerge une vie dont les possibilités sont infinies, d’un amas de molécules qui ne ressemble à rien émerge un être d’une complexité ahurissante, et tout cela de manière étrange, mais naturelle. Étrange, un peu brouillon, mais naturelle.
I was not afraid
I loved you all the way
I’d pick the fool any day
Vanessa Carlton, Fools Like Me, Heroes And Thieves
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