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Danse de l’esprit sous la pluie et suite
21 juin 2008, 1:02
Classé dans : (illustré), Espoir, Existence, Écrits

[J'ai rajouté une petite fin à la première partie et la deuxième partie suit]


“And hold your own
Know your name
And go your own way”

Jason Mraz, Details In The Fabric

Romantique de nature, j’ai rêvé des illuminations les plus spectaculaires, d’éclairs perçant le ciel telle une réponse univoque d’un dieu dont je ne connaissais pas le nom ou encore de hasards planifiés par une force surnaturelle bienveillante. Et comme les romantiques s’efforcent d’éprouver rapidement les symptômes de leur enthousiasme, j’eus la fantaisie d’aussitôt percevoir une réponse. En effet, la fin du monde qui se produisit me poussa aux précipices de l’euphorie, en tant que romantique exaucée. Durant cet épisode de changements successifs, le déluge soudain confirma que ciel et vent étaient indubitablement libres, malgré nos multiples velléités de les soumettre. C’est ainsi que je me suis trouvée à prendre une douche en public, marchant encore plus vite pour ne pas que les regards passants se fixent sur mon expression béate. Je riais aux éclats malgré la transparence croissante de mon chandail. Ce fou rire irrésistible s’emparait de moi comme si ce dieu dont j’ignore toujours le nom avait placé une chaudière au-dessus de l’entrebâillement d’une porte que j’avais enfin ouverte à grands coups. Et moi de reconnaître l’humour de bon cœur, avec ce dieu sans nom qui me disait qu’après tout, ce n’était pas si mal d’ouvrir des portes. Un seau d’eau, était-ce donc la pire chose que je pouvais craindre? Quel soulagement!

Après quelques mètres de baignade dans les nuages, je ralentis ma course : la pluie ayant eu raison de moi, je ne pouvais que profiter de ce rafraîchissement incongru. C’était un moment irréel, hors de la dimension quotidienne. Cela tenait au miracle, à l’absurde, digne d’un scénario à l’américaine. Un moment hors du temps, poussé le souffle de la grâce éphémère et de la gratuité d’une représentation si spectaculaire des forces naturelles, me prodiguait le plus doux des répits. Séchant à un café en bonne compagnie, mon monde tournait autour d’un soleil nouveau, dont l’aube promettait beaucoup. L’apparition de nouvelles idées fixes créait un départ frénétique à partir d’une escale méprise pour une ligne d’arrivée, et ainsi la course continuait-elle. Alors, la venue de chimères ou plutôt le retour, de pensées excessives préjugeait la prochaine belle saison bien ravissante. La tête haute, je savais à présent que les sentiers que j’avais parcourus culminaient en un point lumineux, et un point tournant, de ma vie. Tout à offrir, rien à perdre, peut-on seulement promettre mieux?

Oui, à présent je m’accroche à cette certitude : la fin du monde a eu lieu, la fin d’un monde révolu, de commencements avortés, de peurs injustifiées. Comment ne pouvais-je pas voir les promesses étincelantes des auspices d’abondance? Et confiante dans l’avenir, je ne redoute pas de trahison.


“Well open up your mind and see like me
Open up your plans and damn you’re free”

Jason Mraz, I’m Yours

Le premier contact m’angoisse instinctivement, donc que dire de celui avec la vie. Peut-être qu’il incombe à mon malaise l’ouverture et la découverte continuelle. Est-ce à cela que je dois ma renaissance? Quelle félicité! De marcher sous le soleil, de courir sous les orages. De vivre cette existence monotone et exaltante à laquelle j’avais rêvée. Sautiller entre deux rangées de bibliothèques, sourire effrontément en regardant les figures impassibles des passagers du métro, je me contente des petites bouffées d’oxygène que le bonheur m’insuffle. Ne pas savoir ce qui se prépare, comme c’est palpitant. Nous croyons désirer une chose, mais voilà que la vie en décide autrement. Est-ce mieux pour autant? Qui sait… mais croire que cela peut l’être, oui, c’est cela de vivre! D’en faire une surprise constamment renouvelée, de se laisser prendre au jeu. Je m’identifiais à un endroit, je suis expédiée à un autre, et pourtant ma joie n’est pas moindre. Et cetera, de fil en aiguille, mon caractère réputé rigide ou du moins réfractaire au changement s’adoucit pour, même, s’aventurer dans des contrées inconnues de celui-ci.

J’ai d’ailleurs une drôle de superstition : imaginer un scénario, ou une manière dont les évènements se dérouleront, empêche automatiquement la réalisation de cette projection. Mon expérience à ce jour m’a donné raison, peut-être serait-ce une autre blague de ce dieu sans nom qui s’amuserait à contrer les plans de ceux qui planifient leur vie? Tout cela pour dire que dès lors, je cesse de rêver et je m’implique dans le réel, ce réel se modèle de façon troublante à ce que j’aurais pu espérer dans le cas échéant. Cela constitue une découverte fantastique qui m’oblige à revoir ma propre vision de moi-même, surtout de mon caractère que je croyais justement rigide et figé.

Et tout ce chemin pour réaliser que d’un peu de tout, que d’un peu de rien : voilà de quoi l’existence est faite. Auparavant, il me semblait être dans une salle d’attente vide et d’espérer entendre un numéro qui serait le mien. À présent, je n’ai pas changé de place, mais j’ai mon numéro en main et le décompte diminue sans cesse. Il s’avère infiniment plus facile d’attendre en sachant que notre tour viendra que dans l’ignorance du grand moment à venir. Et la vie de nous réserver une de ses ruses : celui qui acquiert cette confiance dans le futur devient subitement acteur de celui-ci, bien involontairement. De cette manière, j’observe cet univers réagir autour de moi à d’infimes gestes de ma part tels les premiers battements d’aile d’un papillon tout fraîchement éclos.

Alors j’avance à une cadence plus sûre, d’un pas encore davantage ancré mais plus léger. Donc je disais, eh oui, toute ma personne dansait sous la pluie.

[À suivre...]


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