C’est quelque chose que j’imagine durement, que je ne conçois pas aisément. Mais beaucoup de choses échappent aux méandres de mon imagination, j’en suis fort heureuse. Cela démontre que les choses ont une vie propre, qu’elles continuent d’exister hors de mon esprit. Parfois je les rattrape, sans le savoir, ou je perds complètement leur trace et m’égare à leur compte, sans le savoir. Lorsqu’elles recroisent ma connaissance, je les retrouve parfois comme des vieilles habitudes, ou alors elles sont méconnaissables et transformées.
Cette imagination est un désert aride avec ses journées ardentes et ses nuits polaires, ses plaines arides et ses oasis verdoyant. On y trouve une solitude mêlée à la vie enfouie sous le sable, où y parcourir l’éternité ou un centimètre ne change rien au paysage. Parfois, on y trouve un puits, et parfois, un blondinet qui quête un mouton. J’emprunte des références essentielles, des passages de correspondance où, éclairée par l’inspiration, je produis quelque chose qui me plaît.
Et chaque mot qui circonscrit mon imaginaire a son histoire, sa raison d’être où il est, car même les coïncidences ne sont pas par hasard. Je ne prévois pas tout, le destin s’en charge à ma place. Certaines notes représentent des moments charniers du grand changement, alors que d’autres n’en sont que des témoins subtils.
À présent, je trouve triste de quitter ce prétexte, d’être libérée de cette obligation qui me liait pourtant à d’autres. Ce fourmillement humain, qui m’abrutit certes, me permet de me fondre dans la masse et m’a permis d’en tirer quelque chose de plus grand. J’essaie de voir en l’humain unique un humain universel, cet hybride entre le bien et le mal. Celui-ci a ses propres doutes, ses propres certitudes. Et comme on considère que une théorie valable permet d’expliquer les choses et de les résoudre, de la changer, la confirmation de mon condensé d’humain est une grande récompense.
Souvent je m’y reconnais, et je me rassure en supposant que la plupart des humains connaissant le doute s’y reconnaîtraient également; nul n’est plus commun que la peur de la vie. Oui, cette peur de la vie, car n’est-elle pas source de toutes nos angoisses? La vie me semble ni faste, ni parcimonieuse. Surtout en ces temps, où elle s’assure scrupuleusement de distribuer sur ma route lassitude et exaltation, me laissant libre de vivre ces événements dans le bonheur ou non.
Par exemple : tantôt, j’étais là, assise. Je lisais les mots écrits dans un passé qui me semble lointain. Une idée s’est emparée de mon esprit sans fuite possible. Je ne pensais plus au personnage si élégamment décrit, ni aux mots de velours qui guidaient mon regard sur l’écorce raffinée. Il m’est venu l’image d’un homme, gribouillant dans un cahier bon marché, et cherchant ses mots qu’il avait, vraisemblablement, trouvé. Du moins, après maints efforts, puisque je les lisais. Ce recueil de nouvelles entre les mains, c’était comprendre le sens du mot richesse.
Rien ne sera jamais assez grand, rien ne sera jamais assez beau. Suis-je condamnée à l’ascétisme?
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