
La voix de la solitude crie d’une douceâtre tristesse
À travers les cœurs mis en sourdine
Il y a des limailles et des éclats de vitre qui vibrent
Puis le lasso suspend le vide
Comme les aiguilles d’une horloge à plat
Constat de décès à six heure et demie
À six heures et trente et une, mettre sur le masque de tristesse
Un peu de fard à froideur
Et un drap funèbre
Il faut se souvenir du vieillard
Bien avant les pantoufles usées et bien avant les souvenirs troués
D’avoir porté le poids des ans
Il faut penser à l’enfant qui naît
Sur le sein de ses origines
Dans la chaleur du monde promis
La voix de la naissance crie de douleur et d’extase
À travers les yeux de parents aimant
Il y a des choses et des évènements qui ne s’expliquent pas
Puis sans attendre d’élucidation la vie commence
Étant ce qu’est Greenwich aux indigènes
Et les marées aux déserts
À quelques minutes déjà vers la mort, respirer pour la première fois
Un peu d’amour heureux
Et des mains berceuses.
Comme dans le sens d’expérience. J’avais en tête depuis un petit bout l’idée d’utiliser la vidéo pour accompagner un écrit, voici donc le résultat du premier test. Il y en aura sûrement d’autres à venir, plus peaufinés. À voir en plein écran pour une meilleure lisibilité, si jamais cela vous pose problème.
Des milliards de mots
Dans les yeux dans la tête
Jamais un de trop.

Pardonnez-moi
De ne savoir faire des mots
Dans les dédales de vos têtes
Que des poésies tièdes
Pardonnez-moi
De ne laisser qu’une terre qui étouffe
Dans le fond de votre gorge
Au creux des abîmes bleus
Pardonnez-moi
De ne rien apprendre des sagesses anciennes
Dans les livres que nul ne lit
Sous les lampadaires rouillés
Pardonnez-moi
De transformer les symphonies d’avant
De barbouiller les fresques épiques
Avec le vacarme des métaux s’entrechoquant
Pardonnez-moi
De ne léguer que l’incertitude de l’infidèle
Dans des ténèbres elles-mêmes impuissantes
Contre l’oeuvre du temps et de la rancune
Car
D’humanité à humanité
Qu’y a-t-il d’autre à demander
Que d’être pardonné.
Il est d’adage qu’il est mal de s’effacer derrière une activité mais si au lieu de subterfuge, cette activité nous révèle à nous-mêmes, il est avisé de la laisser nous guider vers la réconciliation de l’être rendue possible. Dans ce monde comptable qui épargne argent, temps, encore plus générosité, il faut savoir puiser dans les rares richesses renouvelables: un souvenir, une phrase, une pensée.

Les désirs sont devenus trop souvent esclaves de nos possessions matérielles, alors que le but premier d’acquérir se situe à l’exact antipode: il faut acquérir dans l’espoir de cette luxueuse liberté. Parfois assaillie par cette insatiabilité et frénésie du matériel lorsque les moyens le permettent, je m’observe sévèrement en me rappelant de ce que j’avais écrit, alors que mes dépenses étaient limitées: «Des frustrations matérielles / souviens-toi que ton plus grand pouvoir d’achat / c’est encore tout ce que à quoi tu renonceras. »

Ainsi, je marche dans la rue un matin et la pluie qui s’intensifie n’est qu’une façon de me ramener à ma mortalité bienheureuse. Un message cynique mais souriant qui confirme qu’aucuns de ces «ça», au fond, n’a d’importance. Car si le seul moment présent est certes indéfini, il révèle son infinité lorsque vécu pleinement, à chaque seconde, à chaque respiration, à chaque clignement des yeux.





