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Voyage entre quatre murs (ou huit)
26 juin 2009, 12:13
Classé dans : Écrits

J’ai souvent vécu
En dehors de moi
Je n’ai jamais su
Où – sous quel toit
Je ne me rappelle plus
Le temps ni l’endroit

Étrange égarement
À chercher ses pas
Reculer vers l’avant
Trouver et chercher déjà
Vagues souvenirs d’antan
Perdus dans le débarras

***

S’ils savaient
Le néant et les protoétoiles
Le silence qui se tait
Les coups de ciseaux sur la toile
S’ils savaient tout
Du vacarme de l’invisible qui se dévoile

Restent les mots les munitions
Les mutilations les mortifications
Les stratégies des amnésies
L’idéologie de l’utopie
Les scarifications les rétorsions
Les modes d’emploi les précautions

***

Je ne sais plus
Trop comment ni pourquoi
Les choses ont disparu
Qui quand ou quoi
Dans le dédale des rues
À l’envers à l’endroit

Pourparlers sans pareil
Contre le vent au souffle court
Dormir sans sommeil
Des rêves labyrinthes à mille détours
Que l’amertume au réveil
Les nuits des bien mauvais tours

***

S’ils réalisaient
Les morts et les renaissances
La vie qui abdique devant le progrès
La lente agonie de l’innocence
S’ils réalisaient tout
Du prix de la connaissance

Restent l’été la simplicité
La continuité la naïveté
L’espoir d’y croire
Les soirs de victoire
L’ingénuité la sincérité
La fraternité la sécurité.

Ici félicité, chez moi.

***

Après tant de déboires et de déroutes
Je prends le parti du bonheur
Chasser tant bien que mal la colère
Des jours de poussière, brume et déserts.



Ensoleillé avec nuages dispersés
19 juin 2009, 11:11
Classé dans : Écrits

POÈME POUR UN DIMANCHE PERDU (La Traversée du réel, Michel Leclerc)

Je suis resté devant les grands théâtres
j’arrive de si loin
de mon enfance vêtue de sol
je parle encore sans le savoir
de mon âge laborieux et triste
il n’y a pas de sommeil là où je murmure
en vous écoutant rire

le silence est tombé ce matin
je n’ai vu que vos corps obscurément blancs
dans les urnes de pain
et vos amours grimées qui se lamentent
sans ferveur
il y a tant de bruits dans vos larmes aphones
tellement de honte sur vos cils d’acier
laissez-moi dormir au fond de mon livre
d’autres que moi maintenant vous entendent
dans cette épouvantable fixité de racine
je vous le jure
vos soupirs en poussières d’effigies sonores
et votre pâle solitude ensorcellent la terre

j’arrive de si loin que je vous vois toujours.



Rien à dire
2 juin 2009, 10:49
Classé dans : Écrits

… pas tout à fait exact. Je n’ai pas eu vraiment le temps d’écrire, ou de travailler à écrire ce à quoi j’ai pensé. Je laisse donc ici une brève citation de Serge Doubrovsky, Le livre brisé, qui clôt le récit de son Débarquement.

“Le bonheur est comme la mort: ça arrive EN UNE SECONDE”



Courage
22 mai 2009, 10:14
Classé dans : Poésie

[ Cela fait seulement douze jours que je n'ai rien écrit, mais je croirais presque m'être faufilée dans une autre dimension où les minutes se succèdent plus rapidement qu'à l'habitude. La vie en accéléré, j'aime. Petite pause ici; poème au courage de toutes ces personnes qui me viennent en tête. ]

Fille
Tu plongeras tes mains souvent
Au creux de cages éventrées aux oiseaux envolés
Pour essayer de faire battre leurs cœurs disparus

Fille
Tu ressusciteras ton âme mille et unes fois
À la naissance d’un treizième mois
Pour honorer ces morts qui alimentent ton âme

Fille
Tu porteras courageusement ton bonheur
Au plus fort de la tempête mécanique
Pour vaincre l’injustice de la modernité

Fille
Tu garderas des cicatrices
À ta mémoire suturée d’étoiles filantes
Pour t’être battue dignement

Fille
Tu marcheras à bonne cadence
Au milieu du schisme de tes pas
Pour prendre de l’avance sur tes drames

Fille
Tu sauras rester forte
À ta dernière épreuve
Pour avoir vécu.



Après tout
10 mai 2009, 12:16
Classé dans : Poésie, Écrits

Nous accrochons nos cœurs aux rayons du soleil;
Puisque personne n’en a vu les cicatrices
Nous exaltons notre bonheur jusqu’à ce qu’il explose;
Avec la simple sincérité de nos sourires

Nous rêvons sans gêne au futur;
Alors que notre présent anéantit à lui seul tous nos passés
Nous n’avons que faire de nos déroutes;
Car seule notre arrivée compte

Une à une, nos vies se meublent
À partir de presque rien
Et des fenêtres ouvertes durant la tempête
Que le vent dans les rideaux.



A comme Anatomie!!!
6 mai 2009, 7:36
Classé dans : Écrits

Comme en ce moment ma vie se consacre à cette jolie étude de la cavité abdominale, je n’ai aucunement le temps d’écrire. Je prends donc un petit répit pour laisser ici un poème de Gaston Miron, dont L’homme rapaillé n’est ni plus ni moins qu’un chef-d’oeuvre de la culture québecoise.

DEMAIN, L’HISTOIRE

Triste pareil à moi il ne s’en fait plus
je regarde ce peuple qui va bientôt mourir
triste ainsi qu’il n’est plus possible
de l’être autant

personne ici ne meurt de sa belle mort
c’est un peu de nous tous en celui qui s’en va
et c’est en celui qui naît un peu de nous tous
qui devient autre

toi aussi tu seras triste un jour Humanité
mal tu auras dans les os certains siècles
le mal fantôme dans la vacance historique
de l’origine

Hommes
l’Histoire ne sera peut-être plus
retenez les noms des génocides
pour qu’en votre temps vous n’ayez pas les vôtres

hommes
il faut tuer la mort qui sur nous s’abat
et ceci appelle l’insurrection de la poésie



NOUS
28 avril 2009, 12:06
Classé dans : (à souligner), Espoir, Existence, Poésie, Écrits

[ Il fallait simplement que je prévoie ne pas écrire pour écrire, semble-t-il... et c'est tant mieux! Écrit avant-hier.]

Nous espérons
Bel et bien renaître
De ce présent que nous réinventons

Pour nous protéger du non-regard
De l’ignorance
Et de la peur

Pour tout cela, nous sommes revenus
Cent fois à l’essentiel de
Nos petites personnes

La rage qui nous dévore
La peine qui nous rouille
L’insouciance de nos bonheurs

Et que dire de cette machinerie
Étrange et intrigante
Qui bat au-delà de nos viscères.

Nous leur avions absurdement
Interdit de mourir
En ignorant tout de cette vie qui les tuera

Ô combien détestons-nous
Ces aperçus de grandeur
Des possibles inaccessibles qui jouent le jeu

Ô combien aimons-nous
Ces promesses de lumière
Qui réchauffent nos soleils

De longs corridors – prisons
Qui s’évaporent
Sous les ciels de nuits d’été

Des siestes – chronophages
Qui sont bercées
Dans des nids d’odeurs familières

Ces entretiens avec des fantômes
Longuement, nous y excellons
Puisqu’ils nous répondent.

***

Il y a ce «je» interchangeable et pluriel
Qu’importe l’identité du narrateur
Seule l’histoire compte

Dans l’universalité de la réminiscence
De la douleur
Toutes les âmes liées se valent

Dans l’universalité du sourire
De l’avenir
Tous les rêves persistent

Ce serait nous ou moi
Que cela serait pareil
Ce que les autres y verront n’en tiendra qu’à eux

Tous aussi uniques et concernés qu’ils se croient
Tout cela ne regarde que nous
Et l’amitié.



Le temps n’attend pas
23 avril 2009, 8:17
Classé dans : Écrits
Juste un petit mot bref ici pour dire qu’il n’y aura sûrement pas textes nouveaux ici jusqu’en juin… je peux bien recycler quelques vieilleries qui traînent d’ici-là, mais il est certain que je ne pourrai pas écrire rien de neuf. J’ai vraiment beaucoup trop d’autres choses à faire, hélas. Probablement que je vais aussi laisser des extraits de temps à autres d’auteurs que j’affectionne, parce qu’il y a toujours quelque chose à découvrir.

En cherchant une vieillerie potable, j’ai trouvé un poème que j’avais écrit à 13 ans. Même si la plupart ne sont pas aussi “réussis” disons, je suis contente d’avoir conservé tous mes poèmes depuis que j’ai commencé à écrire, parce que cela me fait toujours réaliser que “plus ça change, plus c’est pareil”. La vie ne change pas; elle évolue. Parfois, il y a des poèmes très chargés de colère, de tristesse et de désespoir qui me rappellent des temps plus orageux, que je suis bien contente d’avoir quittés. Ayant écrit une quantité incroyable de strophes, il y en a beaucoup dont je ne me souvenais plus. En les lisant, je croyais reconnaître telle ou telle période de ma vie… pour me rendre compte que je l’avais écrit bien avant! Cela m’effraie parfois un peu, ce côté “prophétique” des sentiments. Il faut dire que j’avais beaucoup d’imagination, faute d’expérience de vie! Mais la plupart du temps, je me souviens très bien des motifs qui m’avaient poussée à écrire telle ou telle chose, et j’arrive à faire la différence entre ce que je vivais en l’écrivant et entre ce que je vis en le lisant… Comme justement bon, le poème dont je parlais, qui aurait même pu être écrit l’an dernier…

« Regarder derrière
Fermer les yeux
Oublier les barrières
Et mourir un peu

Barrer à clé
Comme une autre histoire interdite
La légende maudite
Qui nous aura tant usés

Fermer la porte
Pour ne pas que ça sorte
Enfermer la bête en dedans
Qui pleure et qui mord tout le temps

Tuer un autre Moi
Qu’était ma mémoire de Toi
Éteindre une lumière
Ne rien laisser en arrière

Savoir perdre au bon moment
Comprendre enfin que ce moment c’est maintenant
Feindre et s’éclipser
Pour ressusciter

Tout recommencer à zéro
Sourire à la vie de nouveau
Respirer à fond
Sans avoir mal aux poumons

Étendre les bras en croix
Se laisser porter par l’inconnu
Où le bien et le mal n’existent plus
Et que le bonheur est au bout de nos doigts

Y toucher enfin
Pour ne pas le laisser s’enfuir une autre fois
Et faire naître un autre Moi
Et lui prendre la main
»



Il y a de cela presque déjà longtemps
11 avril 2009, 8:35
Classé dans : Poésie, Écrits

Écrit sur un camion en marche
À côté d’un autobus à la même vitesse

- Moment magique

SUSPENSION flotte dans les airs

Et la vie aussi -

Puisque tout s’arrête en cet instant
Même la fuite
des lignes d’horizons
des regards

Les lignes de nos mains ne nous destinaient pas l’un à l’autre.

Quel gâchis, quelle désolante chiromancie
Si peu de romance de la part de cette vie

en SUSPENSION.



Entre temps…
4 avril 2009, 11:00
Classé dans : Écrits
J’ai redécouvert un livre qui date de mon enfance, Paroles d’espoir, un recueil d’extraits paru aux éditions Albin Michel. J’étais très jeune et je doute y avoir compris quoique ce soit à l’époque, mais à présent je redécouvre certains poèmes que j’avais appris par cœur (que j’avais oublié depuis, évidemment), accompagnés de lumineuses illustrations par Michele Ferri. J’ai comme le sentiment que les poètes cités guideront mes prochaines lectures…

«Tu es le chêne
et tu es la branche
et l’arbre et la forêt.

Ton cœur se regarde dans ce
qu’il a donné de lui à la vie.

Sois l’arbre qui se détourne
de son ombre et monte vers le soleil.
Le vent qui souffle dans les branches
peut dire: Ombre, ombre.
Les feuilles disent: Soleil, soleil.
»

Joë Bousquet
Ou encore -

«Aujourd’hui, dans la nuit du monde et dans l’espérance de la Bonne Nouvelle, j’affirme avec audace ma foi dans l’avenir de l’humanité.

Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendent les hommes incapables de faire une terre meilleure. Je refuse de croire que l’être humain ne soit qu’un fétu de paille ballotté par le courant de la vie, sans avoir la possibilité d’influencer en quoi que ce soit le cours des événements. Je refuse de partager l’avis de ceux qui prétendent que l’homme est à ce point captif de la nuit sans étoile du racisme et de la guerre, que l’aurore radieuse de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité. Je refuse de faire mienne la prédiction cynique que les peuples descendront l’un après l’autre dans le tourbillon du militarisme vers l’enfer de la destruction thermonucléaire.

Je crois que la vérité et l’amour sans conditions auront le dernier mot effectivement.

La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort. Je crois fermement que, même au milieu des obus qui éclatent et les canons qui tonnent, il reste l’espoir d’un matin radieux.

J’ose croire qu’un jour tous les habitants de la terre pourront recevoir trois repas par jour pour la vie de leur corps, l’éducation et la culture pour la santé de leur esprit, l’égalité et la liberté pour la vie de leur coeur. Je crois également qu’un jour toute l’humanité reconnaîtra en Dieu la source de son amour.

Je crois que la bonté salvatrice et pacifique deviendra un jour la loi. Le loup et l’agneau pourront se reposer ensemble, chaque homme pourra s’asseoir sous son figuier, dans sa vigne, et personne n’aura plus de raison d’avoir peur.»

Martin Luther King

Cela ne vous fait-il pas penser à un orateur qui a soulevé l’enthousiasme des électeurs récemment? Je ne sais pas si c’est moi, mais il me semble que les membres de la “Team Obama” ont été de bons élèves! Et c’est tant mieux!