Z…


Cieux hasardeux
9 février 2010, 3:25
Classé dans : Écrits

[ Je suppose qu'avec la St-Valentin bientôt, ce poème est de circonstances. Mais évidemment, St-Valentin ou pas, ça n'y changerait pas grand chose. ]

Lorsqu’il y a trop d’étoiles
Et qu’à force de les regarder briller
Elles nous brûlent tant les yeux
Qu’on ne peut ni les lire ni les suivre

Alors d’interroger le destin
Pour savoir si le jeu en vaut la chandelle
Mais lui qui sait si bien expliquer hier mais jamais demain
Tait le danger terrible d’éteindre une flamme petite mais belle

Il y a quelque chose du moins qui s’y consume
Dans les folies des veilles sans lendemain
Quelque chose comme des âmes peut-être
Je ne sais pas dites-moi

Pourquoi le cœur vacille d’un côté et de l’autre
Tiraillé entre ses raisons et la raison
À savoir ce que l’on tentera de faire nôtre
L’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions

Et la brûlure constante du soleil
Est-ce pour le meilleur ou pour le pire
Peut-être la promesse de la chaleur
Franchement rien n’est garanti

Il n’y a rien de honteux à suivre ses instincts
Ils nous trompent rarement, surtout celui de survie
Si de peu l’on se trompe de chemin
C’est que trop l’on choisit sans se laisser choisir par lui

C’est ainsi que vivront certains hommes
Bien trop fiers pour leur misérable condition
À rechercher la compagnie des génies
Qui n’ont de génial que leur immatérialité et l’illusion de leurs vœux

Et de l’indépendance de l’amitié un cœur libre, mais prudent et angoissé, ne sait que faire
Une vie éparpillée n’est pas une vie que l’on aime mener
Mais la préférence va de loin à la surabondance des repères
Qu’au risque d’en manquer

De toute façon le ciel est grand et la terre aussi
Un tant faille-il vouloir avancer vers l’inconnu, impossible de faire autrement
Et il n’y a pas de grandes explorations ni découvertes sans boussole un peu folle et sans cartes un peu fausses
Tant qu’à ne rien y voir, pourquoi ne pas fermer les yeux

Alors au milieu d’une vie trop grande pour la place que l’on voudrait y occuper
À défaut d’avoir cet espace bel et bien sien
C’est une fuite dans l’expansionnisme à la recherche de ce que l’on a pas encore trouvé
En rêvant d’une cité bâtie à partir de rien

Il y a quelque chose qui saura naître de cette terre stérile
Des cathédrales ou des gratte-ciels
Qu’en sais-je il suffit de semer et d’attendre
Qu’un monde vive de lui-même

Mais il y a de ces nuits où les pieds sont froids
Dénudés de ne pas avoir trouvé les chaussures à la grandeur de leurs pas
Pour aller je ne sais où vers je ne sais quoi
Y a-t-il quelqu’un et si non comment savoir s’il y aura quelqu’un là-bas

Car l’âme naît solitaire et se meurt de ne pas être solidaire
À bon quoi étendre un royaume inhabité
S’il n’y a aucune beauté à s’approprier dans un univers qui ne nous appartiendra jamais
Quoiqu’une fois découvert l’inaccessible devient la tentation ultime

Et si nous n’existons que pour remplir un vide qui existerait même sans nous
La seule raison de vivre c’est pour et non contre autrui
Qui n’est comme nous que rien du tout
Mais comment autrement notre conscience se justifie

De n’être qu’une poussière dans les bras de nos dieux que l’on tue
Par la double négation des fidèles et des infidèles
Les coups portés au genre humain n’ont plus de limite
Et la souffrance de la société empoisonnée par un mal obscur

Génocides et cataclysmes s’alternent de nos jours
Alors feux d’artifices ou tisons de canon
Ces lumières dans le ciel se moquent de nous depuis toujours
Il nous incombe de trouver notre étoile malgré ce brouillard de cultes abscons

Alors parmi toutes ces étoiles
Inutile de les suivre toutes
Choisis-en une
Et ne la perd jamais de vue

Celle que je cherche a un nom à la fois simple et compliqué
Un nom qui rime avec à jamais et pour toujours
Et même si pour la suivre il me faudra tout d’abord la trouver
Son nom, Amour.



Optimisme libre et éclairé
2 février 2010, 11:49
Classé dans : Écrits

[ Éditorial paru dans le journal étudiant du mois de janvier, pour le début de l'année. ]

Pour débuter l’année, ce sera en mon humble nom que j’argumenterai en la faveur de l’optimisme et de sa place dans nos sociétés.

Depuis que j’ai préféré la médecine à la philosophie, j’apprends l’harmonie fragile entre le bonheur minimal qu’exige tout être en contrepartie à la condition précaire de son existence. À mes yeux, les craintes face aux défis qui nous attendent ne sont pas incompatibles avec ce bonheur que je ressens lorsque je pense à l’avenir. Il en va de même pour l’appréhension et l’espoir, la peur et le courage. C’est une tâche énorme d’accueillir réunies en sa conscience ces dualités, puisque de nature l’appréhension et la peur s’imposent souvent d’elles-mêmes. Reste que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir : c’est une formule vraie bien que surannée par abus. Avant que la mort en anéantisse tout futur et réduise le passé et le présent à un non-sens absurde en cul-de-sac, le présent se portera toujours garant d’un futur.

Le monde que l’on nous lègue est grand, les possibilités infinies. Nous, jeunes et sans identité fixe, pouvons encore définir qui nous serons quoique la tâche demeure ardue dans un monde qui nous offre davantage que notre vie pourra contenir! Tous les choix professionnels ou interpersonnels constituent autant de variables qui étourdissent rapidement celui qui s’y attarde. Les existentialistes disaient condamnés à être libres, ce qui résume bien l’embarras intellectuel causé par une liberté soudainement trop grande.

Mais que notre jeunesse n’abdique pas devant cette liberté, puisqu’elle n’a que cela à faire, essayer. Qu’importe de réussir ou d’échouer? Sinon comment, en ces temps troubles, expliquer cet attachement envers un monde si rationnellement hostile? Comment légitimer cet amour de la vie qui nous habite si bruyamment, de nos festivités jusqu’à nos ambitions professionnelles? Non, ce n’est pas l’amour qui sauvera l’homme de lui-même, ni de ses démons. Sauf que jusqu’à présent, c’est l’amour plus souvent qu’autre chose qui lui permet de survivre et de se battre sans relâche, d’être digne et héroïque s’il le faut, d’être plus grand que nature.

Ce qui m’amène, après cette période annuelle de réjouissances chrétiennes, à l’exemple de Jésus. À mon sens on ne peut plus agnostique, il possédait de divin non pas vraiment sa filialité présupposée, mais surtout cet amour infini des hommes et même de ceux qui lui étaient hostiles et inconnus. Certes, il a fini sur la croix, et vous me demanderez que vaut la divinité d’un cadavre? Elle vaut l’irréfutabilité rationnelle du fait que depuis deux mille ans, des gens sont nés, ont vécus et sont morts dans la conviction d’être aimés pour leur simple appartenance à l’humanité. Si certains avancent que la religion n’existe que pour les faibles, je leur rappellerais que la force est un privilège réservé à peu d’entre nous. Le personnage christique symbolise l’amour du genre humain pour ce qu’il est, des défauts de sa faiblesse jusqu’à la force et le courage hors du commun qui se révèlera chez le plus commun des hommes, faut-il qu’il y soit contraint. Donc oui, la divinité d’un cadavre importe tout autant que la divinité présupposé d’une église faite de briques, puisque tous deux sont inanimés et vivent pourtant par le biais de leurs fidèles.

Loin de moi l’idée de prêcher pour ma paroisse, puisque s’il faille élire une demeure où je trouve la paix, ce serait loin des religions et plutôt en cette petite humanité qui a vu ces grands hommes insuffler assez d’amour dans leur œuvre pour qu’elle transcende leur mort. Aragon, Rilke, Emerson, Nietzsche, Camus, Picasso… combien sont-ils à avoir donné d’eux-mêmes au-delà de la pudeur, dans l’unique génie qui leur était si personnel? C’est un sacrifice grand que d’être à jamais jugé ou pire, incompris, en échange de l’infime possibilité d’émouvoir et de rejoindre ses semblables. À chaque lecture et relecture de la poésie d’Aragon, des lettres de Rilke, des essais d’Emerson, de la philosophie de Nietzsche, de l’engagement de Camus, des traits de Picasso, il y a quelque chose en moi qui se réconcilie avec la beauté du monde.

Et si ce monde effroyablement immense tel que je le connais possède comme repères quelques uns de leurs efforts surhumains, alors ce monde m’emplit d’un optimisme sans cesse renouvelé à la seule pensée que les meilleurs d’entre nous y ont vu suffisamment de beauté pour l’accepter dans sa laideur, avec juste assez de résilience pour conserver la force de le changer.

Voilà donc l’optimisme que j’investis en ce monde, qui promet tant si tant soit-il que je m’y remette avec autant d’intégrité et de don de ma personne. Ce monde est grand, et oui, nous sommes petits. Mais regardez la vastitude de l’espace qui nous a été donné pour grandir, et cela ne vous inspire-t-il pas? La grandeur appelle la grandeur; la noirceur qui, selon plusieurs, nous tombe sur les épaules n’est pas là pour que nous fermions les yeux, tels des condamnés résignés attendant que la vie les abandonne en retour. Non, la noirceur se fait pour réclamer de l’humanité, la vraie, de réinventer un feu nouveau. Les hommes préhistoriques ont réussi cet exploit par le passé, à nous maintenant de le répéter. Cette flamme vacillante qui leur a paru miracle et magie ne résultait probablement que d’un long processus cognitif et analytique; usons alors de notre savoir actuel pour travailler à ces révolutions que nous considérerons un jour comme banales conséquences de l’évolution.

De la médecine et de l’étendue du travail qui parfois nous écrase, retenons la leçon que tout ce labeur rendra possible le plus minime miracle de l’homme qui gagne une bataille contre la mort. Chaque seconde gagnée en qualité de vie nous offre l’opportunité de faire de ce monde une place propice au bonheur. Nous ne gagnerons jamais la guerre, mais que vaut le regret d’avoir travaillé si fort à ces victoires éphémères au nom des idéaux qui nous animent? Bien peu s’ils ont fait de nous-mêmes des personnes meilleures, plus généreuses, plus engagées.

Je vous souhaite très sincèrement une très belle année qui ne sera que le début d’une longue période de prospérité pour vous, pour nous! Et surtout de changement; puisque si le statu quo est impuissance et résignation, la possibilité d’amélioration vaut à elle seule tout le risque de changer.



Mademoiselle Liberté (3)
24 janvier 2010, 11:04
Classé dans : Écrits

[ Vous trouverez ça probablement vieux jeu peut-être même ridicule, mais il m'arrive d'écrire pour les gens que j'aime en guise de cadeau, en pensant à eux très particulièrement. Il n'y a rien de plus gratifiant que de toucher des gens avec des mots choisis expressément dans cet unique but. On espère toujours que c'est réussi, sans jamais vraiment pouvoir savoir jusqu'à quel point. C'est ce qu'il y a de bien avec l'écriture, parce qu'une fois choisis, les mots ne nous appartiennent plus: leur avenir ne tient qu'à celui qui les lit. Bref, voilà donc quelques vers nés fin décembre. À ma «mademoiselle Liberté», comme toujours. ]

Mademoiselle Liberté

S’il y a leçon à tirer des mensonges et des vérités que l’on vous lance
C’est si que les mots ne réinventent peut-être pas l’existence
Qu’ils ne contribuent jamais à sa perte
Tout comme ce que l’on regrette

Les autres ne s’envoleront jamais avec des ailes volées
Alors à quoi les laisser vous les couper
Et même s’ils vous retiennent les pieds sur terre
Ce ne sera jamais une raison pour vous taire

Si ce que l’on est parle plus fort que ce l’on prétend être
Pourquoi vous laisser juger aussi durement par le paraître
L’indépendance conserve les forces de ses faiblesses
Surtout face aux plus basses messes

Il n’y a rien de tel que de s’oublier
Devant ceux qui nous font douter
Votre résolution à elle seule se justifie
Tout autant que la vie

La première responsabilité envers soi-même
C’est ne pas partager contre soi cette haine
Car il n’est jamais trop tard pour vivre
À la hauteur des maux desquels l’on se délivre

La fierté de porter son nom avec dignité
Demeure le plus grand gage de bonheur
Dans ces temps troubles où le mauvais temps
Fait la loi des indécents

Mademoiselle Liberté.



Le dernier ballet
17 janvier 2010, 3:47
Classé dans : Avec chanson

I did my best to notice
When the call came down the line
Up to the platform of surrender
I was brought but I was kind

And sometimes I get nervous
When I see an open door
Close your eyes, clear your heart
Cut the cord

La mort. Directement ou indirectement, la seule mort qui nous effraie vraiment est la nôtre. Toute notre vie durant, nous exaltons notre vitalité par le travail, les relations interpersonnelles, la possession de bien, l’agitation du quotidien. Tout cela pour, au final, finir sensiblement de la même façon que nous avons commencé; souvent avec la santé, ou l’innocence, en moins. Je me souviens d’une discussion traitant d’un livre dont la mort était le sujet principal et je ne comprends toujours pas l’aversion générale envers le thème. Pourquoi serait-ce morbide de penser à la mort? Nous consacrons tant d’énergie à des finalités éphémères (terminer ses études, travailler, arriver à la retraite…), pourquoi ne pourrions-nous pas penser à la finalité ultime de notre vie?

Are we human or are we dancer?
My sign is vital, my hands are cold
And I’m on my knees looking for the answer
Are we human or are we dancer?

Pay my respects to grace and virtue
Send my condolences to good
Give my regards to soul and romance
They always did the best they could

Il me semble que dans la planification à long terme, occulter notre propre mort réduit la pertinence de tout autre plan antérieur. Ce n’est certes pas nécessaire d’en faire une fixation, mais je m’explique mal ce refus collectif de reconnaître cette réalité pour ce qu’elle est. Nombreux sont les intellectuels contemporains qui évoquent le manque de rites mortuaires, la perte des symboles spirituels reliés à la mort ou encore le syndrome de l’éternelle jeunesse visant à retarder (psychologiquement du moins) le moment fatidique. Alors que dire de cette énergie phénoménale investie réactionnellement à la crainte absurde d’un évènement inéluctable? N’y-a-t-il pas mille autres activités dans lesquelles nous devrions nous consacrer plus constructivement?

And so long to devotion
You taught me everything I know
Wave goodbye, wish me well
You’ve gotta let me go

Will your system be alright
When you dream of home tonight?
There is no message we’re receiving
Let me know, is your heart still beating?

À mon humble sens, accepter l’idée de la mort tout comme la partie d’inconnu qu’elle représente, c’est saisir l’opportunité de rendre cette vie, la seule que je connaisse d’ailleurs, meilleure. En acceptant la peur d’une fin qui me paraît aussi inévitable, je reconnais pleinement l’ampleur de son invariabilité. Argument majeur pour du moins, faire de ma vie quelque chose qui vaille la peine d’être vécue malgré l’absurde négation à laquelle elle aboutira. Il n’est jamais trop tôt pour penser à la mort, et souvent trop tard. N’est-il pas plus facile d’apprivoiser un démon que de tenter de le maîtriser lorsqu’il se présente à notre chevet?

Are we human or are we dancer?
My sign is vital, my hands are cold
And I’m on my knees looking for the answer

You’ve gotta let me know
Are we human or are we dancer?
My sign is vital, my hands are cold
And I’m on my knees looking for the answer
Are we human or are we dancer?

C’est pour ces raisons et tant d’autres que j’ose prétendre qu’il est sain de penser à la mort, tant que les raisons et les conclusions de ce raisonnement s’avèrent en faveur de la vie. Du point de vue de l’intentionnalité : pour vivre mieux. Du point de vue de la finalité : pour un jour lointain, mourir heureux d’avoir vécu mieux.

The Killers, Human


Loin des origines
12 janvier 2010, 2:12
Classé dans : Avec chanson

[ Pour ce soir, une brève berceuse, dans ce qu'elle a de plus simple et sans attention particulière à la cohérence sémantique générale... avant de tomber d'épuisement, physique et psychologique, dans le sommeil. Parce qu'il y a des histoires qui ne finiront donc jamais. ]



Twenty years, it’s breaking you down
now that you understand there’s no one around
Take a breath, just take a seat
you’re falling apart and tearing at the seams

Comment vivre? Comment accepter le mal d’un pays que l’on ne connaît pas? Comment mettre un pas l’un devant l’autre et avancer vers un horizon dont l’on ignore même le ciel; aube ou crépuscule? Comment ne pas fermer les yeux devant un futur que l’on ne peut même pas entrevoir, ne serait-ce que partiellement? Il n’y a pas des millions de raisons qui justifieraient un tel comportement kamikaze. En fait, il n’en existe peut-être qu’une seule, ou deux, que l’on cherche le long de notre existence.

Heaven forbid you end up alone, you don’t know why
Hold on tight, wait for tomorrow, you’ll be alright

It’s on your face, is it on your mind
would you care to build a house of your own
How much longer, how long can you wait
It’s like you wanted to go and give yourself away

Propulsé sur le vaste terrain inconnu qu’est le monde, au milieu d’un grand jeu dont personne ne peut énoncer les règles, le nouveau-né ignore tout des périples qui l’attendent. De cet environnement nouveau, il ne connaît pour l’instant que cette brûlure de l’air qui s’infiltre dans ses poumons. Pourtant, son ignorance actuelle n’empêche pas l’air de le maintenir en vie. De la terre brune, il ne connaît que cette couleur stérile tant qu’il ne laissera pas la nature et le temps y faire son œuvre. Pourtant, son ignorance actuelle n’empêche pas le printemps de revenir à chaque année.

Heaven forbid you end up alone, you don’t know why
Hold on tight, wait for tomorrow, you’ll be alright

It feels good (Is that reason enough for you)

Out of this one
I don’t know how to get you out of this one

Alors voilà peut-être une infime partie de la réponse. Car dans l’inconnu, se trouve peut-être le pire, mais aussi peut-être le meilleur. Car derrière la main du présent qui nous gifle et nous brouille la vue, se trouve peut-être le pire, mais aussi peut-être le meilleur du futur. Et puisque l’un n’existe pas sans l’autre, vaut mieux bien choisir son camp.

The Frays, Heaven Forbid


Naître tel que l’on naît et n’être que ce que l’on est
2 janvier 2010, 8:57
Classé dans : Écrits



Autrefois ayant prétendu n’avoir aucune cause pour laquelle mourir
Je dois convenir aujourd’hui que ce ne sera plus le cas à l’avenir
Il ne suffit que d’un moment où tout bascule et où l’on trouve sa vérité
J’affirme à présent que je suis prête à mourir pour la vie que j’aurai
Sans contrariété aucune devant la contradiction de ma résolution
Je m’engage à refuser strictement toute perte des gains de nos révolutions
Il y a tant à préserver de ce qui nous est donné pour l’abandonner
Je refuse la lâcheté et je prends le parti des idéaux qui me créent
Que pour cela il faille en payer le prix de perdre tant
Je sais que je ne me déleste que de ce qui envenimera un cœur battant

Si vous voulez savoir de ce que je défendrai avec tant d’ardeur
Bien qu’il soit trop long pour en argumenter l’infinie valeur
Je fais de mon devoir de ne jamais renoncer à cette curieuse foi
En ce genre humain qui n’est pas de celui en lequel on croit
Sans y sacrifier un peu de soi sans s’y exposer naïvement
Je m’efforcerai à aimer mon temps et surtout ses contres-temps
Pour combattre à ses côtés le pessimisme gratuit de l’immobilisme
Afin de renverser cette destructrice tendance au misérabilisme
Puisque l’on ne vit pas que dans le passé ni que dans le futur sans en perdre son présent
Ma conscience sait que l’on ne choisit pas la voie de la facilité impunément

À vous de choisir vos batailles et vos défaites avec sagesse
Moi je choisi l’incorrigible sourire devant ce qui me blesse
Et les cicatrices cachées de mon cœur prouvent mon respect
Envers tout ce que je suis et surtout tout ce que mon cœur est
On ne choisit pas ce qui nous rend fort et encore moins ce que l’on aime
Ni ce qui nous rend vulnérable puisque cela reviennent au même
Car ce n’est que dans ce qui nous importe vraiment que l’on peut être détruit
Mais c’est aussi ce qui nous donne le courage nécessaire à notre survie
Et une fois que l’on trouve ce que pour quoi l’on vit à en mourir
On devient la seule personne dont dépend l’avenir que l’on veut bâtir



Joyeuses fêtes!!!
26 décembre 2009, 6:39
Classé dans : Écrits

Je vous souhaite à tous de bien belles fêtes en cette période de l’année si propice à retrouver ceux que l’on aime (et même ceux que l’on aime moins!).

Je n’écrirai pas plus longuement ici et je retourne à mes vacances, qui me tiennent hélas encore trop occupée pour élaborer davantage sur le sujet. Mais je reviendrai dès que possible pour vous inonder machiavéliquement de textes d’optimisme et de joie pour fêter la nouvelle année qui s’annonce haute en couleurs!

:)



Blabla de fin de session
12 décembre 2009, 2:21
Classé dans : Écrits

[ L'optimisme (ou l'écriture conséquente) arrive toujours dans les moments les plus critiques, comme une bonne gifle pour nous réveiller. Alors je vais donc retourner étudier. ]

Trop tard pour rebrousser chemin
Une fois engagés dans le long détour
Verrons-nous ne serait-ce que la fin
De ce trop long jour

Puisque les astres se valent dans ce ciel bleu à perpétuité
Les étoiles pourraient y filer
Que cela ne changerait pas l’issue
Des probabilités que l’on tue

Et si tout est joué d’avance
Qu’est-ce vivre sinon parier envers et contre tous et tout
Plus que l’inconscience; l’innocence
Dans ce qu’elle a de plus beau et de plus fou

Exalter le souffle du coureur contre la montre
Éternel deuxième derrière la mort à l’arrivée
On peut tout aussi perdre avec fierté
Avec tous les autres

Pourquoi voudrait-on choisir
La victoire solitaire
Si l’on peut réécrire
La défaite solidaire?



Bas-fonds de tiroirs
5 décembre 2009, 5:48
Classé dans : Écrits

[Ces jours-ci, je n'ai ni le temps pour étudier, ni pour écrire. Je commence sérieusement à me demander à quoi j'occupe tout ce temps perdu, puisque j'ai l'impression de n'aboutir à rien. En tout cas, pour aujourd'hui voici deux fonds de tiroirs (ayant été écrits sur papier quadrillé, c'est pour dire). Un qui n'est pas si étranger à l'évaporation constante de mon temps et un autre très court sur les chairs à canon. Les deux ne sont d'ailleurs pas incompatibles, dans leur lassitude.]

________________VAPEURS

Une trainée de poussière
Comme une ancienne fatigue
- suivant les étoiles filantes

Un ciel nuageux
Comme enflammé par mégarde
- feignant les aurores boréales

Qu’y-a-t-il de vrai
Sinon les crépuscules silencieux
Qu’y a-t-il après
Sinon rien de ce que l’on veut

Aller jusqu’au bout du chemin qui mène nulle part
Revenir sur ses pas
Sans gagner ni perdre quoique ce soit

________________QUE DES CHAIRS À CANON

Ils n’ont jamais rien demandé de plus
Qu’une cause pour laquelle mourir
À défaut d’en avoir trouver une pour laquelle vivre

Un cri désespéré d’exalter la vie
Dans son antinomie
Quelle différence entre mourir pour la patrie
Et vivre pour autrui?



Pourquoi je ne serai jamais médecin
29 novembre 2009, 1:08
Classé dans : Écrits

[ J'ai mis deux articles écrits il y a de cela deux ans en pages séparées dans le menu de gauche: Néo-luxes et Zéro, qui me semblent après relecture de loin supérieurs à tout ce que j'ai pu écrire jusqu'à présent. Autant dans l'un sur la société moderne et la littérature de guerre que dans l'autre sur le progrès et l'Histoire, respectivement, j'y retrouve l'essence de ce qu'est à mes yeux le véritable sens social de l'écriture. Et de me reposer la question, et la médecine dans tout ça? J'en parle peu souvent, mais j'y pense toujours beaucoup. Médecine et philosophie: voilà les deux seuls et uniques programmes auxquels j'avais appliqués pour l'Université. Même si maintenant je sais que je ferais mille métiers avant celui de «philosophe» (dans la limite où cet art peut être un métier), je réalise à quel point ces deux choix représentent l'essentiel de ma personne. La médecine n'est pas un choix banal et ne sera donc jamais un choix définitif en ce qui me concerne. C'est toujours à refaire, mais à ce que je sache, je la choisis à nouveau chaque fois qu'il le faut. Quelques soient mes raisons. J'espère vraiment qu'il en sera toujours ainsi. J'y pense souvent, mais j'en parle peu; c'est quelque chose qui n'intéresse que ma personne. Mais puisque le dernier texte satisfaisant que j'ai écrit se porte sur la question, voilà ma réponse. ]

La médecine me terrifie. Pour de multiples raisons, mais surtout la mort. Il y a certes la mort éventuelle des patients (dont l’on craint la responsabilité), mais la seule mort qui puisse réellement terrifier quelqu’un est la sienne. La médecine me terrifie, puisqu’elle signifie la mort constante d’une partie de moi. Ses exigences légitimes impliquent la perte d’un temps que j’aurais investi en philosophie, en réflexion sur l’humanité et sur la modernité, en l’élaboration d’une de ces «quelques formules qui apaiseront l’angoisse infinie des âmes libres» (1), la mienne en premier.

Pour chaque journée passée dans les manuels médicaux, je tue un texte qui aurait peut-être fait une différence. Mon amour des mots surpasse celui des sciences, je le reconnais en cette première année de médecine. L’année préparatoire laissait entrevoir le monstre qui m’attendrait de pied ferme cette année, mais pas aussi assurément qu’il se dresse devant moi.

Pourtant, de me replonger temporairement dans cette réflexion purement fondamentale sur la société actuelle m’amène étonnamment à mon choix initial: la médecine. Pourquoi? Ce n’est pas la première fois que je réalise que plus j’explore la philosophie, plus elle me renvoie à la médecine. Plus concrète, plus tangible, ainsi moins terrifiante. La philosophie donne un sens à ce que je fais, me donne des idéaux pour lesquels la médecine sera mon cheval de bataille.

Il m’est cependant impossible de nier la peur de l’éventuelle mort de ces textes pas encore écrits, qui auraient certainement gagné à l’être et qui m’auraient permis de préciser sans cesse davantage la formulation des idées qui m’apparaissent dignes d’être communiquées à autrui, dans la humble volonté de peut-être lui en faire bénéficier.

Voilà alors que l’on retourne à la peur de la mort. Et bien que nous ayons tous nos raisons personnelles, nous partageons cette peur minimale de son inéluctabilité dégoûtante, ne serait-ce qu’en s’engageant dans une profession-même qui s’y oppose.

J’ai donc la malchance, ou la chance, de ne pas partager l’exaltation frénétique de ceux qui scandent leur vocation médicale. Et puis? Est-ce si surprenant, considérant mes curiosités philosophiques et existentielles?

Mais douter n’altère pas les capacités: cela en décuple les potentialités. C’est exactement pourquoi je ne serai pas un moins bon médecin qu’un autre, surtout pas celui qui ignore le doute. Lorsque j’entends certains étudiants affirmer l’expression persistante de leur enthousiasme, oserais-je dire exubérant, envers la médecine, cela me trouble. Certes, nous avons tous nos motivations pour poursuivre ce cursus si chargé, et elle se valent probablement toutes puisque nous voici ici réunis.

Il me faut seulement parfois ce recul que je n’ai pas lorsque je cours à gauche et à droite, lorsque je dois voir l’un ou l’autre, lorsqu’il me faut étudier et vivre. C’est en effet dans ces moments de frénésie insoutenable que je sens la médecine tuer en moi plus de passions qu’elle n’en fait naître. Dans ces moments, le doute et la peur me terrorisent et me somment de tout quitter. Toutefois, je sais que ce n’est pas la médecine qui engendre cela, mais son piège facile de l’excès, qui rend chaque journée un sprint épuisant. Car tels que le prouvent les étudiants fanatiques de médecine, il y aura toujours plus à savoir. Sauf que la médecine est un marathon: vaut mieux savoir calibrer son pas, répartir ses énergies.

Cela dit, je sais que je n’en serais pas un moins bon médecin. Je ne serais pas la meilleure; je n’aspire pas à la gloire au sein d’un milieu qui me restera toujours un peu étrange (ou étranger, c’est selon). J’exercerai la médecine, mais je n’en ferai jamais mon identité entière. Je ne serai jamais médecin, parce qu’avant tout je sais que la vie se trouve aussi ailleurs. Ailleurs que dans les cartes conceptuelles, ailleurs que dans les manuels d’anatomie, ailleurs que dans les cours, ailleurs que dans le seul exercice d’une profession.

Une telle perspective me permet non seulement de poursuivre mes études entre toute quiétude, mais également de m’accorder ce temps pour ressusciter épisodiquement tout ce que menace la médecine. J’espère même y trouver la formulation de cette vision qui saura apaiser quelques âmes; dans le meilleur des cas, celles de mes futurs patients, mais sinon, ne serait-ce qu’une. Ne serait-ce que la mienne.

(1) Albert Camus, L’été